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31/01/2014 11:56 EST | Actualisé 02/04/2014 05:12 EDT

Centrafrique: "Au moment où je te parle, je suis caché dans la brousse" (témoignage de Sibut)

Albert, habitant de Sibut (180 km au nord de Bangui), s'est réfugié en brousse lorsque des combattants de l'ex-rébellion Séléka se sont emparés de cette ville stratégique il y a quelques jours, coupant l'axe reliant la capitale au nord du pays.

"Au moment où je te parle, je suis caché dans la brousse. A environ 10 km de Sibut. 99% des habitants sont dans la brousse, il n'y a plus personne en ville", raconte cet habitant au téléphone.

Les Séléka "ont afflué de tous les coins de province, de Bangassou, Bambari, Grimari, Bria, Ndelé. Ils ont commis des dégâts, des braquages en plein jour, ils tapent les portes, ils pillent. Ils ratissent les quartiers, malheur à toi s'ils te trouvent. Ils prennent l'argent, les téléphones. Ils règnent en maîtres", explique Albert.

"Nous avons fui avec notre élevage, nos cabris, mais ils nous ont suivis pour voler nos poulets", détaille Albert. "On s'est installé sous un grand arbre, on coupe des herbes, on dort avec nos enfants sur le sol, comme des animaux".

Lourdement armés, équipés d'une cinquantaine de véhicules, ces combattants ne s'expriment qu'en arabe et ont commis mercredi de nombreuses exactions contre les populations, selon une source de la gendarmerie centrafricaine. Ils sont commandés par Mamadou Rakis, ancien directeur général adjoint de la police centrafricaine de l'ex-président Michel Djotodia, contraint à la démission le 10 janvier.

La Croix-rouge centrafricaine à Bangui a confirmé vendredi l'irruption dans Sibut de la Séléka: "les gens sont terrés en brousse".

"Avant de s'emparer de Bangui (en mars 2013), ils avaient déjà stationné ici. Maintenant il y a une nette différence: c'est beaucoup plus violent, il ne nous reste plus rien. Je n'ai pas compté les tués, mais on peut dire une vingtaine de morts", estime Albert.

Selon lui, les combattants "sont installés dans deux bases dans la ville (environ 20.000 habitants avant la crise), l'une est à la mairie. Ils sont armés jusqu'aux dents. La force africaine Misca, des Gabonais stationnés à Sibut, s'est faite encercler. Ils (les Séléka) leur ont lancé un ultimatum de trois jours, ils sont partis avant, ils ont fui."

"Les seuls véhicules qui circulent sont les Séléka ou la Croix-rouge. On est coupés de tout", affirme-t-il.

Le porte-parole de l'état-major de l'armée française à Paris, le colonel Gilles Jaron, a affirmé vendredi à l'AFP qu'il n'avait "pas d'éléments" sur ce qui se passe à Sibut, en "zone Misca", où les militaires français ne sont pas présents. La veille, l'état-major de la Misca avait assuré "n'être au courant de rien".

En début de semaine, les combattants ex-Séléka, qui avaient porté l'ancien président Michel Djotodia au pouvoir en mars 2013, ont été évacués des divers camps qu'ils occupaient dans Bangui et regroupés dans un camp à la sortie nord de la capitale. Beaucoup toutefois ont préféré fuir la ville avec armes et bagages, sillonnant désormais les routes sans aucun contrôle.

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