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31/01/2014 12:45 EST | Actualisé 01/04/2014 05:12 EDT

Avec le Costa Rica et le Salvador, la gauche peut affermir son emprise sur l'Amérique latine

Le Costa Rica et le Salvador votent dimanche pour des élections présidentielles qui offrent à la gauche l'occasion d'étendre une domination déjà incontestable sur le continent latino-américain.

La situation est inédite au Costa Rica. Un jeune candidat écologiste de gauche, Jose Maria Villalta, 36 ans, talonne dans les sondages l'ex-maire de San José Johnny Araya, issu du parti de la présidente sortante Laura Chinchilla (droite), première femme élue à la tête de ce petit pays de 4,3 millions d'habitants.

Ces dernières années, la gauche costaricienne est progressivement parvenue à remettre en question le bipartisme conservateurs/libéraux qui prédominait depuis plusieurs décennies, mais c'est la première fois qu'un candidat de gauche est véritablement en position de l'emporter.

Selon les analystes, leur duel pourrait toutefois être perturbé par deux outsiders également crédités de bons scores par les sondages, Luis Guillermo Solis (centre-gauche) et Otto Guevara (droite), avec en toile de fond un haut pourcentage d'indécis (environ 30%).

Au Salvador, c'est l'ex-guérilla de gauche qui tient la corde pour se maintenir au pouvoir avec l'actuel vice-président Salvador Sanchez Ceren. Celui-ci pourrait cependant être contraint d'affronter au second tour le maire de Salvador Norman Quijano, de l'Alliance républicaine nationaliste (ARENA, droite).

Si MM. Villalta et Ceren rejoignaient leur pair Daniel Ortega au Nicaragua, la gauche équilibrerait pour la première fois le rapport de force avec la droite en Amérique centrale, où le Panama, le Honduras et le Guatemala sont gouvernés par des conservateurs.

En outre, les progressistes et autres socialistes scelleraient ainsi leur mainmise sur quasiment l'ensemble du continent, où pour l'Amérique du Sud "latine" seuls la Colombie et le Paraguay restent aujourd'hui conservateurs.

Modèle de démocratie contre violence et impunité

Si ces élections sont programmées à la même date au Costa Rica et au Salvador et que les observateurs anticipent un second tour dans les deux cas, les enjeux diffèrent dans des pays aux trajectoires et réalités très distinctes.

Alors que le Costa Rica, pays sans armée depuis 1948, cultive un modèle de démocratie et tire la majeure partie de ses revenus du tourisme, le Salvador peine à se remettre d'une sanglante guerre civile (1980-1992) et se trouve en butte à la violence des bandes criminelles et à une pauvreté qui frappe plus de 40% de la population (Pnud).

Après 20 ans d'hégémonie de la droite, l'ex-rébellion salvadorienne du Front Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN) avait réussi à faire élire en 2009 Mauricio Funes, un ex-journaliste modéré au profil rassurant.

Cette fois, le FMLN présente un candidat directement issu de ses rangs. L'ex-commandant Salvador Sanchez Ceren, âgé de 69 ans, s'est engagé à poursuivre le programme anti-pauvreté de son prédécesseur et à faire de la probité une priorité de son mandat dans ce pays miné par la corruption et l'impunité.

M. Ceren a aussi garanti à ses 6,2 millions de concitoyens la "tranquillité" face à la menace des groupes criminels et des "maras", gangs d'adolescents connus pour les nombreux tatouages de ses membres qui sèment la terreur dans le pays. Dans ce domaine, il prône à la fois la prévention et la réinsertion.

Face à lui, Norman Quijano, âgé de 67 ans, promet aussi de travailler "pour plus de sécurité et plus d'emplois". Soutenu par les milieux d'affaires, il a bénéficié d'une large couverture des médias privés pour diffuser son discours fustigeant un adversaire qualifié de "communiste".

Au Salvador "tout indique qu'il y aura un deuxième tour, on n'attend pas de grosse surprise", explique à l'AFP l'analyste politique Roberto Cañas.

Au Costa Rica, la gauche veut éviter la diabolisation

Au Costa Rica, où se tiennent simultanément des législatives, le jeune député de gauche écologiste du Frente Amplio ("Front large", FA) Jose Maria Villalta a opéré une ascension fulgurante au gré de ses combats pour l'écologie ou contre la corruption.

Avant le scrutin, il s'est évertué à rassurer ses compatriotes en donnant des gages sur les limites qu'il entend opposer à l'interventionnisme de l'Etat alors que ses adversaires évoquent le péril d'un gouvernement à la Hugo Chavez.

"Villalta est le visage de la protestation, celui qui crache au visage du pouvoir dans une société en colère, désenchantée, c'est ce qui explique sa popularité exponentielle", analyse pour l'AFP l'observateur politique Victor Ramirez, rappelant que l'impopularité du gouvernement sortant avoisine les 60%.

Son programme vise essentiellement à instaurer une "démocratie économique" dans un pays où la pauvreté gagne du terrain. Il envisage aussi de prendre ses distances avec les Etats-Unis, premier partenaire commercial de ce petit pays à l'économie dollarisée et fortement dépendant des "remesas", les envois d'argent de ses expatriés du nord.

Face à lui, M. Araya, du Parti de libération nationale (PLN) est parvenu à rester en tête des sondages en teintant son discours libéral d'un vernis social, soucieux ne pas être éclaboussé par des affaires de corruption et les difficulté économiques qui entachent le bilan de son parti, au pouvoir depuis 2006.

Agé de 56 ans, il s'est engagé à assurer une meilleure distribution des richesses et à compenser un des déficits fiscaux les plus élevés du continent.

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