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30/01/2014 07:20 EST | Actualisé 01/04/2014 05:12 EDT

Phoenix Sinclair : résumé de la plus grande enquête publique du Manitoba

Le rapport de l'enquête publique sur la mort de Phoenix Sinclair sera dévoilé vendredi par le gouvernement manitobain. Il aura fallu 126 témoins, 11 mois d'audiences et près de 10 millions de dollars pour faire la lumière sur l'échec d'un système censé protéger un enfant dont il avait la charge.

Samantha Kematch, la mère de la fillette, et Karl Wesley McKay, son conjoint, ont été condamnés en 2008 à la prison à vie pour meurtre prémédité. Si le procès a levé le voile sur la manière dont est morte Phoenix, la commission d'enquête, elle, dépeint la vie tragique d'une enfant mal traitée.

Dès sa naissance, Phoenix est placée en famille d'accueil parce qu'on doute des capacités parentales de sa mère et de son père, Steve Sinclair, tous deux âgés de moins de 20 ans. Steve Sinclair a réussi à en obtenir la garde, mais les travailleurs sociaux se sont multipliés et les services n'étaient pas constants. « Ça devenait difficile de savoir qui était notre travailleur social » témoigne-t-il devant le commissaire Ted Hughes.

Dossiers disparus, travailleurs surchargés

Lorsque les travaux de la commission commencent, les avocats se rendent compte que tous les dossiers de Phoenix Sinclair ont disparu. Entre 2000 et 2005, les services sociaux du Manitoba étaient en restructuration. En conséquence, les normes et pratiques étaient floues et parfois aléatoires. Il manquait fréquemment de traces des interventions auprès de la famille, ce qui rendait les suivis par d'autres travailleurs sociaux difficiles.

Toutefois, la charge de travail aussi posait problème. Trop de cas par travailleurs rendaient difficile de gérer tous les dossiers. « Est-ce que la charge de travail a mis les enfants à risque? Elle a certainement augmenté la difficulté de les gérer », témoigne l'ancien directeur de programme des Services à l'enfant et à la famille de Winnipeg, Patrick Harrison, en janvier 2013.

La visite de la dernière chance

Le 9 mars 2005, le travailleur social Christopher Zalevich a visité la résidence de Samantha Kematch. Avec lui, se tenait son collègue William Leskiw. Sans le savoir, leur visite constituait la dernière chance de voir l'enfant. Christopher Zalevich avoue à la commission qu'il a fermé le dossier sans avoir vu Phoenix.

Sa superviseure a approuvé la démarche. « Nous étions satisfaits du fait qu'il n'y avait pas d'inquiétudes quant à la sécurité de l'enfant, d'après le rapport des travailleurs », témoigne Diva Faria. Pourtant, le consensus a été obtenu sans voir Phoenix, qui avait déjà été enfermée dans une chambre.

Au total, le dossier de la fillette a été ouvert et fermé à sept reprises, chaque fois avec la conclusion que le milieu familial ne présentait pas de risques.

Déménagement et fin tragique

Les services sociaux ont perdu la trace de la fillette après cette visite de mars 2005. Samantha Kematch, Karl Wesley McKay et Phoenix Sinclair ont déménagé dans une maison de Fisher River. Les témoignages recueillis dans cette réserve autochtone sont troublants et offrent une rare fenêtre sur la cruauté dont a été victime la petite fille alors âgée de 5 ans.

« J'ai ouvert la porte et elle était là, avec une couverture sur la tête, en culottes. Elle me regardait », témoigne Allison Kekawash, la nièce de l'assassin. Elle ajoute qu'elle n'a pas vu une enfant dans cette maison, elle y a vu un otage. Jusqu'au jour où cet otage a disparu. « J'avais ce mauvais pressentiment, comme si Wesley avait tué quelqu'un. »

Les membres de la famille de M. McKay connaissaient son passé violent et avaient peur de représailles s'ils communiquaient avec les services sociaux. Les quelques courageux qui l'ont fait n'ont pas reçu la réponse attendue. Les services d'urgence ne prenaient pas en compte les appels anonymes ni les appels de mineurs. Même l'ancienne agente de probation de Karl McKay a sonné l'alarme auprès des services sociaux.

En juin 2005, Karl Wesley McKay a lancé l'enfant dans le sous-sol. Phoenix s'est fracturé le crâne et est morte. Le fils de l'ancienne conjointe de Karl Wesley McKay a tout vu et affirme qu'il regrette de n'avoir rien fait, lui qui n'était qu'un petit garçon. Phoenix a été enterrée en secret, durant la nuit. Des mois se sont écoulés avant que les autorités ne soient alertées.

D'après un reportage de Catherine Dulude