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30/01/2014 01:22 EST | Actualisé 31/03/2014 05:12 EDT

La Thaïlande divisée se prépare à des élections sous haute tension

Des dizaines de milliers de policiers seront déployés dimanche en Thaïlande pour des législatives sous haute tension, au moment où des manifestants menacent d'assiéger les bureaux de vote pour empêcher la victoire du parti au pouvoir.

Mais les experts mettent en garde: ces élections ont peu de chances de mettre un terme aux crises à répétition de cette démocratie fragile ou de calmer les ennemis de la Première ministre, Yingluck Shinawatra, et de son frère Thaksin, ancien chef de gouvernement renversé par un coup d'Etat en 2006.

Ces opposants, dans la rue depuis trois mois, craignent en effet que le scrutin ne prolonge l'emprise sur le pouvoir d'une famille Shinawatra accusée d'avoir mis en place un système de corruption généralisée à son profit.

Une nouvelle victoire du Puea Thai au pouvoir est d'autant plus assurée que la principale formation d'opposition, le Parti démocrate, qui n'a pas gagné de législatives depuis plus de 20 ans, boycotte le scrutin.

"La Thaïlande semble être dans un état perpétuel de conflit et je ne vois aucune fin à l'horizon", commente Sunai Phasuk, de l'ONG Human Rights Watch.

Les manifestants, qui occupent des carrefours clé de la capitale, veulent remplacer le gouvernement par un "conseil du peuple" non élu.

Celui-ci superviserait des réformes encore floues contre la corruption et l'achat de voix, avant d'éventuelles élections, pas avant un an.

Ils accusent également Yingluck d'être la marionnette de son frère, en exil pour échapper à une peine de prison pour malversations financières. Un projet de loi d'amnistie qui aurait permis son retour a d'ailleurs mis le feu aux poudres fin octobre.

En l'absence des Démocrates, 53 partis s'affronteront dimanche, après une campagne quasi inexistante au milieu d'une crise qui a fait au moins dix morts.

Malgré l'état d'urgence en vigueur à Bangkok, le meneur des manifestants, Suthep Thaugsuban, a appelé ses partisans à tout faire pour bloquer le scrutin, comme dimanche dernier pour le vote anticipé.

Dans l'espoir d'empêcher la reproduction de ce scénario qui a empêché des centaines de milliers d'électeurs de voter, 129.000 policiers seront déployés dans tout le pays pour protéger les urnes et garder les 93.500 bureaux de vote.

"Une incertitude politique jamais vue"

Mais même si les électeurs réussissent à placer leur bulletin dans l'urne, les résultats pourraient ne pas être connus avant des mois.

Et en l'absence de candidat dans plusieurs circonscriptions où l'enregistrement des candidatures a été empêché par les militants, le Parlement n'aura de toute façon pas assez de députés pour se réunir.

Yingluck devra donc continuer à expédier les affaires courantes, en attendant des élections partielles.

La Thaïlande fait face "à une incertitude légale et politique jamais vue", insiste Sunai. "Sans Parlement, il ne peut plus y avoir de gouvernement élu".

En toile de fonds des manifestations, les experts décrivent le combat politique des élites royalistes (soutenues par la justice et l'armée), contre Thaksin.

Celui-ci s'appuie sur les masses rurales et urbaines défavorisées du nord et du nord-est.

Cette nouvelle crise intervient au moment où nombre de Thaïlandais s'inquiètent de la santé du roi Bhumibol Adulyadej, 86 ans, sur le trône depuis plus de 60 ans.

Et l'identité de la personne qui dirigera le gouvernement pour assurer la transition après lui est une question cruciale.

"Il y a en Thaïlande une bataille d'intérêts entre les élites", estime Paul Chambers, de l'université de Chiang Mai.

D'un côté Thaksin et ses alliés, avec leur large soutien populaire. De l'autre, "les royalistes ont l'armée et la justice. C'est une lutte sans fin", note-t-il.

Les partis pro-Thaksin ont gagné toutes les élections depuis 2001.

Mais le milliardaire et ses alliés, visés alors par des manifestations massives des "chemises jaunes" royalistes, ont été tour à tour chassés du pouvoir par l'armée, en 2006, et par la justice, en 2008.

En cas de nouveau coup d'Etat, militaire ou judiciaire, les "chemises rouges" fidèles à Thaksin ont promis de redescendre dans la rue, ce qui fait craindre de nouvelles violences.

Leur occupation de Bangkok pendant deux mois au printemps 2010, pour réclamer la chute du gouvernement Démocrate, s'était terminée par un assaut de l'armée. La crise, la plus grave qu'ait connue la Thaïlande moderne, avait fait plus de 90 morts et 1.900 blessés.

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