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30/01/2014 11:51 EST | Actualisé 01/04/2014 05:12 EDT

La déflation s'est apaisée en 2013 au Japon des "Abenomics"

Bon point pour le Premier ministre Shinzo Abe: les prix au détail ont progressé au Japon en 2013 pour la première fois depuis cinq ans, mais attention! sa politique économique "Abenomics" va bientôt affronter une hausse de taxe.

Le gouvernement a annoncé vendredi que les prix à la consommation, hors produits périssables, avaient progressé de 0,4%, ce qui n'était pas arrivé depuis 2008 lorsque la crise financière internationale avait fait rechuter l'économie japonaise dans la déflation.

L'archipel subit peu ou prou ce phénomène pernicieux qui décourage l'investissement depuis une quinzaine d'années et M. Abe, au pouvoir depuis fin 2012, a juré d'y mettre un terme pour faire redécoller la troisième puissance économique mondiale.

La prudence s'impose toutefois face à cette augmentation statistique car elle provient en bonne part d'une hausse des tarifs de l'énergie (électricité, gaz, essence).

Les hydrocarbures dont a besoin le Japon, a fortiori depuis l'accident de Fukushima qui a entraîné l'arrêt du parc nucléaire, sont importés nettement plus chers à cause de la dépréciation du yen. La monnaie japonaise s'est dévalorisée d'environ un quart face au dollar et à l'euro l'an passé, en raison d'un assouplissement monétaire considérable de la politique de la Banque du Japon qui veut créer une inflation vertueuse de 2%.

Outre l'effet statistique, cette évolution du taux de change bénéficie aux grandes sociétés japonaises, dont les revenus à l'étranger sont mécaniquement accrus, au grand bonheur des entrepreneurs. En décembre, la production industrielle a encore grimpé de 1,1% sur un mois, tirée aussi par une relative embellie des économies étrangères clientes du Japon.

Mais la chute du yen a aussi renchéri indirectement les factures de gaz et électricité des ménages et le prix de l'essence à la pompe, ce qui amoindrit le pouvoir d'achat des salariés dont la consommation constitue un moteur important de l'activité.

Pris dans leur ensemble, les ménages ont certes augmenté leurs achats, mais l'attitude des salariés, plus prudents, est particulièrement scrutée, au moment où une hausse de la taxe sur la consommation va amputer encore leur pouvoir d'achat, si leurs revenus ne suivent pas la même évolution.

Pleins feux sur les salaires

Au 1er avril, cette taxe équivalente à la TVA française va passer de 5% à 8% afin d'augmenter les recettes de l'État dont la dette approche les 250% du produit intérieur brut (PIB), une proportion inégalée parmi les pays développés.

Un surcroît d'achats s'est déjà amorcé quelques mois avant cette échéance, nombre de consommateurs voulant profiter du taux bas actuel pour acheter des voitures, de l'électroménager, etc, mais un retour de bâton est prévu après la date fatidique.

Conscient du risque, le gouvernement Abe appelle à cor et à cri le patronat à donner un coup de pouce aux salaires. La principale fédération d'employeurs, le Keidanren, s'est dite favorable à un tel geste dans les entreprises en bonne santé.

Les négociations annuelles patrons-syndicats du printemps seront donc conduites sous pression, mais les augmentations espérées pourraient de toute façon n'être que partielles, car tous les salariés ne seront pas concernés.

Les autorités espèrent toujours que la baisse régulière du chômage, qui a chuté en décembre à son plus bas niveau en six ans (3,7%), favorisera des augmentations des rémunérations.

"Le tableau général de l'économie japonaise s'améliore, mais il s'agit d'une éclaircie et pas encore du plein soleil", estime de manière imagée Takeshi Minami, économiste à l'institut de recherche Norinchukin.

Constituée de trois "flèches" (dépenses budgétaires, assouplissement monétaire et réformes structurelles), la politique de M. Abe a certes marqué des points à la Bourse, mais elle doit encore convaincre les classes moyennes.

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