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30/01/2014 10:32 EST | Actualisé 01/04/2014 05:12 EDT

Burundi: le gouvernement débarque le président d'un parti devenu trop critique

Le gouvernement burundais a débarqué de son poste le président du principal parti tutsi du Burundi (Uprona) au profit d'un ex-président du parti jugé proche du pouvoir, une décision perçue comme une tentative de noyautage à l'approche d'échéances électorales majeures.

Le ministre burundais de l'Intérieur, Edouard Nduwimana, s'est déjà dans le passé arrogé le droit de trancher des différends au sein de partis politiques, estimant, en dépit des contestations de l'opposition, que la loi lui en donne le pouvoir.

Pour débarquer le patron de l'Union pour le progrès national (Uprona) Charles Nditije, le ministre dit s'être appuyé sur une décision de justice de 2012, qui, sur fond de conflit entre deux factions rivales au sein de la formation politique, avait annulé une série de mesures ayant abouti à l'élection de M. Nditije, sans invalider l'élection elle-même.

"Les organes élus avant les arrêts de justice rendus en 2012 sont seuls conformes aux statuts du parti Uprona et partant reconnus par la loi", a écrit le ministre de l'Intérieur, Edouard Nduwimana, dans une lettre à M. Nditije.

"Cela signifie que c'est Bonaventure Niyoyankana qui redevient président du parti", a expliqué à l'AFP le ministre.

Président de l'Uprona de 2009 à 2012, M. Niyoyankana est considéré comme proche du parti au pouvoir, le Cndd-FDD du président Pierre Nkurunziza.

La décision du ministre intervient alors que les deux factions rivales au sein de l'Uprona -- une aile radicale et le camp du président Nditije -- enterrent leurs différends.

"Il y a derrière cette décision du ministre une volonté de casser l'Uprona, comme il l'a déjà fait avec les partis (d'opposition) Frodebu, UPD et le FNL d'Agathon Rwasa", a dénoncé M. Nditije.

L'Uprona est représenté au gouvernement, mais s'oppose depuis plusieurs mois de plus en plus violemment au Cndd-FDD, sur des sujets clés comme la révision de la Constitution, un éventuel troisième mandat du président Nkurunziza ou la répartition des terres dans le pays.

Jeudi, des dizaines de policiers ont été déployés à la permanence nationale de l'Uprona à Bujumbura, alors qu'une centaine de ses militants affluaient sur place, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le Burundi, petit pays d'Afrique des Grands Lacs, organise en 2015 des élections générales. Le président Nkurunziza, réélu en 2010, ne peut théoriquement pas se représenter, mais son parti tente de modifier la Constitution pour l'autoriser à briguer un troisième mandat.

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