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30/01/2014 01:06 EST | Actualisé 01/04/2014 05:12 EDT

Allemagne: le Congrès juif mondial veut une loi sur les oeuvres volées par les nazis

L'Allemagne doit se doter d'une législation spécifique sur les oeuvres d'art spoliées par les nazis, a déclaré le président du Congrès juif mondial, Ronald Lauder, lors d'un discours, jeudi, à Berlin.

Selon M. Lauder, des milliers d'oeuvres d'art inestimables se trouvent dans les collections privées ou des musées après avoir été volées à des juifs sous le Troisième Reich, et l'Allemagne ne dispose pas d'outils législatifs pour gérer ce genre d'affaires, a-t-il déploré.

"L'une des principales raisons pour laquelle ce problème subsiste, c'est qu'il n'y a pas de loi sur la restitution des oeuvres d'art en Allemagne", a-t-il déclaré dans un discours prononcé à 'Topographie des Terrors', un musée berlinois consacré au régime et aux crimes nazis.

L'Allemagne a déjà négocié des indemnisations sur "les questions délicates du travail forcé, des vols de dépôts bancaires ou des polices d'assurances", a-t-il rappelé.

"J'encourage l'Allemagne à s'occuper de la question des oeuvres spoliées d'une manière tout aussi globale", a-t-il poursuivi, qualifiant ces pièces de "derniers prisonniers de la Seconde Guerre mondiale".

Il a expliqué avoir présenté cette idée lors d'un entretien avec le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier et avec le ministre de la Justice, Heiko Maas.

Pour lui, ce sont les musées qui devraient avoir à vérifier qu'aucune pièce volée ne se trouve dans leur collection, et pas aux héritiers de les retrouver.

"C'est ce que l'Autriche a fait. La France et les Pays-Bas ont fait un pas dans cette direction et la Grande-Bretagne a une commission pour étudier les demandes et conseiller le gouvernement", a-t-il détaillé.

"Mais ici, c'est l'Allemagne, où ces crimes ont débuté. Elle doit faire plus", a-t-il martelé.

Il a renouvelé sa demande d'une suppression de la période de 30 ans au-delà de laquelle on ne peut plus demander la restitution de biens volés, qu'il avait déjà avancé lors d'un entretien avec l'AFP en novembre. Il a aussi réitéré son appel à la création d'une commission pour traiter ces demandes et examiner les collections publiques à la recherches d'oeuvres spoliées.

La découverte en février 2012 - rendue publique seulement en novembre 2013 - d'environ 1.400 oeuvres d'art, dont des tableaux de Matisse ou Chagall, dans l'appartement munichois de Cornelius Gurlitt, 81 ans, fils d'un marchand d'art qui avait largement profité des spoliations opérées par les nazis sous le troisième Reich, avait suscité l'émoi en Allemagne et bien au-delà.

L'avocat de l'octogénaire a toutefois laissé entendre dans les médias allemands cette semaine que son client menait "déjà des négociations avec des héritiers" pour une éventuelle restitution d'oeuvres volées.

En l'absence d'une commission centralisant toutes les demandes, l'affaire Gurlitt risque de générer "des centaines de procédure judiciaires distinctes".

Il existe bien une commission en Allemagne, chargée d'arbitrer les contentieux entre héritiers et institutions publiques, et présidée par l'ancienne présidente de la Cour constitutionnelle allemande, Jutta Limbach, mais son avis est purement consultatif.

La secrétaire d'État à la Culture allemande, Monika Grütters, a annoncé mercredi devant les députés allemands sa volonté de doubler les fonds allouées à la recherche de la provenance des oeuvres d'art et d'ouvrir la commission Limbach à des personnalités des organisations juives.

Le congrès juif mondial, présidé par M. Lauder depuis 2007, représente une centaine de communautés juives hors d'Israël à travers le monde

Fils de la fabricante de produits cosmétiques Estée Lauder, Ronald Lauder, milliardaire, mécène et collectionneur d'art, avait créé une fondation en 2007 chargé de promouvoir la reconstitution de communautés juives dans les pays d'Europe centrale et de l'est, décimées par la Deuxième Guerre mondiale.

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