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29/01/2014 06:12 EST | Actualisé 31/03/2014 05:12 EDT

Ukraine: l'opposition refuse de soutenir l'amnistie proposée par Ianoukovitch

L'opposition ukrainienne a refusé mercredi de soutenir la loi d'amnistie des contestataires adoptée par le Parlement afin de sortir le pays de la crise, tandis que la Russie a averti Kiev qu'elle pourrait revenir sur son soutien économique.

Réunis lors d'une session extraordinaire sous haute tension, les députés ont donc adopté une amnistie des manifestants arrêtés lors des heurts.

Mais l'opposition s'est abstenue, dénonçant les conditions imposées par le parti des Régions au pouvoir, à savoir l'évacuation de certains des bâtiments publics occupés à Kiev.

Cette loi fait partie des exigences principales de l'opposition, et le président ukrainien Viktor Ianoukovitch avait mis tout son poids dans la balance pour parvenir à un accord ouvrant sur une sortie de crise, assistant personnellement aux longues heures d'âpres négociations au Parlement.

De son côté, le président russe Vladimir Poutine a fait savoir qu'il allait "attendre la formation du nouveau gouvernement ukrainien" pour s'assurer s'il y a lieu de mettre en oeuvre les accords conclus en décembre sur une aide de 15 milliards de dollars.

Moscou a déjà versé fin décembre trois milliards de dollars à l'ex-république soviétique, au bord de la faillite, et Kiev espère toucher deux milliards supplémentaires dans les semaines à venir afin de régler ses créances, en particulier au Fonds monétaire international.

Le président russe a également, lors d'un entretien avec la chancelière allemande Angela Merkel, mis en garde contre "toute ingérence" qualifiée d'inadmissible dans les affaires intérieures de l'Ukraine.

La Russie et les pays occidentaux s'accusent mutuellement de pressions dans la crise actuelle, née il y a deux mois du refus du président de signer un accord de libre-échange avec l'Union européenne, préférant un rapprochement économique avec Moscou.

Cette décision a été vécue comme une trahison par une partie de la population et le mouvement s'est radicalisé mi-janvier avec l'adoption de loi réprimant les manifestations. Des affrontement entre manifestants et police ont alors fait au moins trois morts à Kiev et hors de la capitale les contestataires ont occupé près de la moitié des administrations régionales.

En déplacement à Kiev, la responsable de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a appelé à la fin de "la violence et (des) intimidations, d'où qu'elles viennent". Elle doit donner une conférence de presse jeudi à Riga.

Faute d'accord au parlement sur l'amnistie, l'opposition a fait aussitôt savoir qu'elle restait mobilisée.

"Ne croyez pas que l'opposition parlementaire va trahir Maïdan", l'autre nom de la place de l'Indépendance, a lancé le leader du parti nationaliste Svoboda, Oleg Tiagnybok, à quelques centaines de manifestants transis de froid alors que le thermomètre chutait à près de -20 degrés.

"Notre lutte va continuer!" a-t-il poursuivi.

Mardi, le Parlement, dominé par le parti du président, avait déjà esquissé un geste d'ouverture avec l'abrogation des lois du 16 janvier qui réprimaient presque toute forme de manifestation.

Mais l'opposant Vitali Klitschko a accusé M. Ianoukovitch de vouloir "gagner du temps" avec cette concession", dans un entretien au journal allemand Bild.

Le directeur du renseignement américain (DNI) James Clapper, a de son côté estimé que Viktor Ianoukovitch avait la "ferme intention de se maintenir au pouvoir" et aurait "probablement recours à l'intimidation et aux moyens extra-légaux" pour assurer sa réélection en 2015.

Considéré comme un proche du président, le chef par intérim du gouvernement, Serguiï Arbouzov, a assuré qu'opposition et pouvoir continuaient de dialoguer.

"Le gouvernement, pour sa part, est prêt à assurer les conditions nécessaires à la stabilisation nationale", a-t-il ajouté.

C'était la première réunion du gouvernement, désormais chargé de gérer les affaires courantes, depuis la démission mardi du Premier ministre Mykola Azarov, qui a entraîné celle de l'ensemble du cabinet.

A Kiev, où les contestataires sont désormais retranchés derrière de hautes barricades composés essentiellement de sacs de neige, des militants d'un groupe contestataire ont chassé manu militari du ministère de l'Agriculture d'autres manifestants, plus radicaux, qui l'occupaient depuis plusieurs jours.

Hors de la capitale, le siège de l'administration dans près de la moitié des régions reste aux mains des manifestants, qui veulent le départ des gouverneurs nommés par le chef de l'État. Mais, là aussi, la situation semblait s'être apaisée.

gmo/glr