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29/01/2014 06:32 EST | Actualisé 31/03/2014 05:12 EDT

France: l'angoisse de familles pour leurs enfants partis au jihad en Syrie

Les témoignages de familles en détresse après le départ d'enfants au jihad en Syrie se multiplient en France, racontant souvent des histoires de jeunes bien établis, loin d'être à la dérive.

Selon les autorités, plusieurs centaines de personnes, dont une dizaine de mineurs, ont été ou sont tentés par le jihad en Syrie depuis le début en 2011 d'une révolte devenue une guerre civile meurtrière.

Deux adolescents de 15 et 16 ans de Toulouse (sud-ouest) ont ainsi abandonné l'école début janvier, s'envolant pour la Turquie avec l'intention de passer en Syrie combattre les troupes du régime de Bachar al-Assad.

Le père de l'un d'eux a laissé entendre que son fils a été embrigadé en quelques semaines via internet, décrivant un véritable "lavage de cerveau", poussant le président François Hollande à affirmer la nécessité de mieux "protéger" les jeunes de France.

Ces deux adolescents ont pu être récupérés sains et saufs par leur famille.

L'issue des fugues n'est pas toujours aussi heureuse.

Dans un témoignage émouvant, un couple a ainsi expliqué début janvier avoir appris par texto la mort de leur fils Nicolas, 30 ans, dans une opération suicide en Syrie, quelques mois après la mort de son frère dans les mêmes circonstances.

"J'ai rappelé le numéro syrien affiché sur mon portable. Un homme parlant le français m'a expliqué que Nicolas s'était fait exploser avec un camion, avec un autre combattant, le 22 décembre, dans la région de Homs", a déclaré au quotidien Libération sa mère, Dominique Bons.

"J'en veux vraiment aux gens qui l'ont conditionné. Parce qu'il a été conditionné, incontestablement, pour mener une action comme ça. Ce sont des assassins, des gens qui arrivent à conditionner des gens pour en faire des bombes humaines, de la chair à canon", a accusé son mari, Gérard Bons, interrogé par l'AFP.

Les deux frères apparaissaient début juillet dans une vidéo de propagande, où Nicolas, kalachnikov et Coran en main, se réjouissait d'avoir converti son cadet.

Les volontaires au jihad sont Français ou résidents en France, issus de famille musulmane comme les deux adolescents de Toulouse ou récents convertis, comme dans le cas de Frédéric, tout juste 18 ans, parti de Nice (sud-est) pour la Syrie.

"défendre des femmes et des enfants"

Au repas de Noël en famille, Frédéric "a bu du champagne et mangé de la pintade farcie au porc", a raconté cette semaine sa mère, Michèle, qui ne donne pas son nom. Il a quitté la France du jour au lendemain et se fait désormais appeler Abou Issa.

Michèle dit lui avoir parlé à plusieurs reprises sur Skype ou par téléphone, en apercevant une fois en arrière-plan un homme barbu bras croisés.

"Je lui (ai) dit +rentre, c'est pas ta place, c'est pas le bon choix+", relate-t-elle. "Il me dit +non je rentre pas+", précise "qu'il a vu des vidéos, qu'il est parti pour défendre des femmes et des enfants qui souffrent". "Sa chambre était comme d'habitude, je ne l'ai jamais vu prier, il n'avait aucun copain qui avait des signes religieux", précise désemparée cette mère de famille.

Ces dernières années, 600 ou 700 Français ou étrangers vivant en France seraient allés se battre en Syrie, en seraient revenus ou auraient été plus ou moins engagés dans un tel projet, selon les services de renseignements. Quelques 250 y combattraient actuellement et 21 seraient morts.

Ces départs confirment l'attrait sans précédent exercé par le jihad en Syrie sur certains jeunes en France, sans aucune comparaison possible avec la poignée de Français ou résidents français dans les rangs jihadistes en Afghanistan, au Mali ou en Somalie.

Le phénomène possède une dimension européenne - entre 1.500 et 2.000 jeunes Européens, surtout Belges, Français et Britanniques ont gagné la Syrie, selon Paris et Bruxelles - et même mondiale, touchant les pays du Maghreb et même l'Australie, le Canada ou les Etats-Unis.

Pour les spécialistes, le retour en France de jeunes aguerris par les combats représente un risque terroriste majeur. Mais ils sont aussi politiquement difficiles à gérer pour les autorités françaises, qui soutiennent diplomatiquement et matériellement l'opposition armée en Syrie dans son combat contre Bachar al-Assad.

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