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29/01/2014 10:49 EST | Actualisé 31/03/2014 05:12 EDT

Argentine : Kicillof, le poil à gratter des milieux d'affaires

Axel Kicillof est un politicien atypique : propulsé ministre de l'Economie de l'Argentine en novembre, il s'est imposé comme un homme de confiance de la présidente Cristina Kirchner et irrite autant qu'elle les milieux d'affaires en défendant une forte intervention de l'Etat dans l'économie.

Inflation incontrôlée, réserves de devises en chute, perspectives peu encourageantes pour 2014, Kicillof est un capitaine de vaisseau dans la tempête, sous le feu des critiques, accusé d'improvisations pour panser les plaies de la 3e économie d'Amérique latine (après le Brésil et le Mexique), qui affichait cependant une croissance de 5% et un excédent commercial en 2013.

Bel homme au visage poupin, Axel Kicillof, 42 ans, n'a ni l'allure, ni les méthodes d'un ministre de l'Economie type. Il ne porte ni costume, ni cravate et s'était fait connaître du grand public comme le cerveau de la nationalisation de la compagnie pétrolière nationale YPF, propriété de l'espagnol Repsol.

En avril 2012, il n'avait pas hésité à faire irruption au siège de YPF, quelques heures après l'annonce de l'expropriation de Repsol, pour congédier les dirigeants espagnols de la société.

Aux côtés de Mme Kirchner et de son proche conseiller Carlos Zannini, il a acquis une influence considérable.

"Il est une marche au-dessus du (chef du gouvernement Jorge) Capitanich", considère Ezequiel Burgo, auteur d'un livre sur Kicilloff, "Le croyant".

Axel Kicillof est décrit par ses détracteurs comme incompétent, arrogant et conflictuel. Ses partisans le trouvent brillant, sûr de lui et audacieux, estimant qu'il a hérité d'une économie en piteux état.

"Il est ambitieux, intelligent, déterminé, il a une vision de ce que l'Etat doit faire, du rôle que l'Etat doit avoir dans la planification de l'économie et dans la gestion de certaines entreprises. Ils ne se laisse pas guider par les conventions et il a foi en ce qu'il fait", estime Ezequiel Burgo, également cadre du quotidien argentin d'opposition Clarin.

Pur produit local

Né le 25 septembre 1971 dans une famille juive de Buenos Aires, il a reçu une éducation laïque dans l'enseignement public. Il étudie dans un prestigieux lycée de la capitale, poursuit ses études à l'Université de Buenos Aires (UBA), décroche un doctorat en économie, écrit deux livres sur Keynes, enseigne à l'UBA jusqu'en 2010.

Après avoir accusé Repsol de "pillage" dans sa gestion de YPF, dénonçant un manque d'investissement, il a dû manger son chapeau fin 2013, à l'heure de conclure un accord d'indemnisation avec le pétrolier espagnol.

Longtemps opposé à la dévaluation du peso, il a présidé la semaine dernière la plus forte dévaluation depuis 2002, 14% en deux jours, à l'initiative du gouvernement. Le lendemain, il accusait de grands groupes économiques dont Shell de lancer des attaques spéculatives sur la monnaie locale.

Depuis sa nomination comme ministre, l'Argentine a fait un pas en direction des institutions financières internationales, jusque-là accusées d'avoir conduit l'Argentine à la crise économique de 2001.

Buenos Aires a promis à un FMI exaspéré un nouvel indice mesurant la hausse des prix (officiellement de 11%, 28% selon les instituts privés) et il s'est rendu lui-même dans la capitale française pour présenter une proposition de remboursement d'arriérés de dette envers le club de Paris.

Son ascension météorique, il la doit en partie à sa proximité avec Maximo Kirchner, fils de Nestor et Cristina Kirchner, avec qui il milite au sein de la Campora, puissant mouvement de jeunesse qui soutient l'action du gouvernement de centre-gauche.

Cristina Kirchner, qui achève son second mandat fin 2013, lui a confié la mission de redresser une économie fragilisée qui s'appuie sur les exportations du secteur agricole, mais "pour le moment, sans résultats", note Ezequiel Burgo.

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