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28/01/2014 08:51 EST | Actualisé 30/03/2014 05:12 EDT

L'opposition sud-africaine s'unit pour bousculer l'ANC

L'opposition libérale en Afrique du Sud s'est unie mardi pour affronter le président Jacob Zuma aux prochaines élections générales, présentant une candidate noire comme tête d'affiche pour tenter de bousculer l'hégémonie de l'ANC, au pouvoir depuis 20 ans.

L'Alliance démocratique (DA), la principal formation de l'opposition, a peu de chances de battre le parti du défunt Nelson Mandela.

Mais elle parie qu'avec sa candidate Mamphela Ramphele, les électeurs oublieront leur fidélité au parti qui les a délivrés de l'apartheid. Mme Ramphele représente à 66 ans ceux qui ont lutté contre le régime raciste sans faire partie de l'ANC.

"Mme Ramphele a accepté d'être notre candidate à la présidence pour les élections générales de 2014", a annoncé lors d'une conférence de presse au Cap Helen Zille, la présidente de la DA.

Le scrutin doit se tenir au deuxième trimestre, peut-être en avril.

Mme Ramphele, qui fut la compagne de Steve Biko - une figure mythique du combat contre l'apartheid dans les années 1970, tuée à 31 ans en 1977 par la police -, manque de base électorale et c'est sans doute parce qu'elle peinait à trouver les voix et les fonds nécessaires pour percer qu'elle a sabordé la plateforme électorale Agang, qu'elle avait fondée il y a moins d'un an.

"Il n'y a aucun risque qu'un parti avec Mamphela Ramphele comme candidate à la présidence puisse ressusciter l'apartheid", s'est sentie obliger d'ajouter Mme Zille. L'ANC ne cesse en effet de dénigrer la DA au prétexte qu'elle est issue d'un parti blanc.

"C'est un instant historique. Nous allons balayer l'excuse de la race et mettre au défi l'ANC d'être jugé sur sa performance", a renchéri Mme Ramphele. "Nous allons en finir avec cette carte raciale et la jeter aux poubelles."

"C'est +louez un Noir, louez un leader+", a réagi le secrétaire général de l'ANC Gwede Mantashe. "Ca ne peut pas nous inquiéter!"

Au pays du pardon et de la réconciliation prônés par Nelson Mandela, l'ANC a nourri en son sein des leaders jouant de plus en plus la carte du clivage racial ces dernières années.

Il y eut d'abord Julius Malema, président de la Ligue de jeunesse du parti de 2008 à 2012, exclu de l'ANC mais toujours sur la scène politique et prompt à réclamer des expropriations sur le modèle du Zimbabwe et à chasser les Blancs des terres ou des mines.

Le très sérieux vice-président de l'ANC Cyril Ramaphosa a récemment lancé lors d'un déplacement dans la province déshéritée du Limpopo (nord): "Si vous ne votez pas, les Boers (les descendants des premiers colons néerlandais) reviendront prendre le contrôle sur nous."

Même le président Jacob Zuma tient des discours teintés de nationalisme noir, tout en cultivant subtilement ses bonnes relations avec les chefs coutumiers et ses réseaux dans l'Afrique du Sud profonde noire, grande oubliée des services publics.

L'Alliance démocratique comprend déjà dans ses rangs plusieurs fortes personnalités noires comme Lindiwe Mazibuko, chef du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale, ou Mmusi Maimane, candidat au poste de chef de gouvernement provincial dans la région de Johannesburg, mais Mme Ramphele est une alliée de choix.

Cette ancienne directrice de la Banque mondiale partage le même credo économique libéral que l'Alliance démocratique, quand l'ANC applique lui-même un programme plutôt libéral mais enrobé dans un discours populiste et dans des alliances avec les syndicats et le Parti communiste.

Elle n'est cependant pas une grande oratrice et n'a pas d'enracinement au-delà de l'électorat urbain et diplômé, ni d'appareil politique comme l'ANC.

Depuis 1994, les élections en Afrique du Sud ont été invariablement remportées par l'ANC, faisant craindre un scénario digne des pays voisins, comme le Zimbabwe et le Mozambique, où les anciens partis indépendantistes règnent sans partage depuis des décennies.

L'ANC a vu son score s'effriter à 65,9% en 2009, la DA grimpant à 17% et faisant mieux encore en 2011 aux élections municipales (24%).

"Même si l'ANC est affaibli et divisé, il n'est pas prêt de s'effondrer", pronostique cependant la politologue Susan Booysen.

Mme Ramphele pourrait tout au plus "faire gagner 2% de plus" à la DA, selon elle.

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