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28/01/2014 08:35 EST | Actualisé 30/03/2014 05:12 EDT

La Thaïlande organise des élections sur fond de crise

BANGKOK - Le gouvernement thaïlandais a annoncé mardi qu'il ira de l'avant avec les élections prévues cette fin de semaine, en dépit d'un boycottage de l'opposition, de mois de conflits dans les rues et de la probabilité de nouvelles violences alors que perdure la crise politique qui secoue le pays.

Le gouvernement y est allé de cette annonce au terme d'une rencontre entre la première ministre Yingluck Shinawatra et la Commission électorale, qui souhaitait un report du scrutin.

La décision d'aller de l'avant avec les élections parlementaires de dimanche prochain risque de jeter de l'huile sur le feu. Un leader de l'opposition a été tué et une dizaine de manifestants blessés dimanche dernier, quand des militants ont pris d'assaut des dizaines de bureaux de scrutin pour bloquer le vote par anticipation.

Au moins 10 personnes ont été tuées et 577 autres blessées depuis le 10 novembre.

La crise met aux prises les partisans et les détracteurs de l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, le frère aîné de la première ministre actuelle. M. Thaksin a été chassé du pouvoir par l'armée en 2006 et il vit actuellement en exil pour échapper à la peine de prison pour corruption qui l'attend en Thaïlande.

Les manifestants antigouvernementaux qui occupent une section de Bangkok réclament le départ de Mme Yingluck et la mise en place d'un gouvernement intérimaire avant l'organisation d'une élection. Le Parti démocratique, une formation d'opposition qui appuie ces demandes, a annoncé qu'il boycottera le vote de dimanche.

«Plus la crise dure longtemps, plus elle devient dangereuse, a dit le politologue Chris Baker, qui est installé à Bangkok. Il est déjà très évident que l'économie souffre. Elle souffrira encore plus, le plus longtemps ça durera. Les risques de violence ne cessent d'augmenter parce que les émotions sont au vif.»

Plusieurs centaines de manifestants ont assiégé, mardi, la rencontre entre la première ministre et la Commission électorale. Deux personnes ont été blessées, dont une qui a été grièvement atteinte par une balle. L'autre victime serait un policier en civil qui aurait été sauvagement tabassé.

Le commissaire électoral Somchai Srisutthiyakorn a estimé que la tenue du scrutin de dimanche engendrera de nouvelles violences et endommagera encore davantage le pays.

«Je pense que la Thaïlande a déjà assez souffert et que personne ne devrait être blessé ou tué pour cette élection», a-t-il dit aux journalistes.

M. Somchai avait précédemment annoncé son intention de communiquer à Mme Yingluck les problèmes associés à l'élection de dimanche, notamment une pénurie d'employés et de matériel dans certaines provinces. Ces problèmes sont en partie l'oeuvre des manifestants, et certains importants dirigeants gouvernementaux reprochent à la commission de prendre parti pour l'opposition.

Le vice premier ministre Pongthep Thepkanchana a expliqué que le gouvernement est en désaccord avec cette position et que le vote aura donc lieu. Un tribunal a statué, la semaine dernière, que le vote ne pourrait être reporté qu'en cas d'accord entre le gouvernement et la commission.

«Si nous reportons l'élection, est-ce que le problème va disparaître? Les gens qui causent des troubles n'ont pas dit qu'ils cesseraient si nous repoussons le vote, a dit M. Pongthep. Plus c'est retardé, plus ça endommagera le peuple et le pays.»