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27/01/2014 11:20 EST | Actualisé 29/03/2014 05:12 EDT

Ukraine: pas d'état d'urgence, l'opposition va négocier

Le gouvernement ukrainien a assuré lundi qu'il n'allait pas pour le moment décréter l'état d'urgence, malgré la grave crise que traverse l'Ukraine, l'opposition se disant de son côté prête à "poursuivre les négociations".

Ces annonces allant dans le sens d'un apaisement sont intervenues à la veille de l'ouverture à Kiev d'une session extraordinaire du Parlement consacrée à la situation politique, et d'un sommet entre l'Union européenne et la Russie, qui s'accusent mutuellement d'ingérence dans le dossier ukrainien.

Les autorités n'ont "pas l'intention aujourd'hui de décréter l'état d'urgence", a affirmé le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Léonid Kojara, au cours d'une conférence de presse.

"Aujourd'hui, cette mesure n'est pas d'actualité", a-t-il ajouté, avant de souhaiter que les députés votent mardi des lois susceptibles de permettre de régler la situation.

Parallèlement, les principaux partis de l'opposition ont fait savoir, dans un communiqué commun, qu'ils étaient "prêts à poursuivre les négociations".

Soulignant que, ces derniers jours, le calme était revenu sur la place de l'Indépendance à Kiev, où de vastes manifestations s'étaient déroulées, ils avertissent toutefois que "la patience des gens mis en colère par la surdité du pouvoir peut atteindre ses limites à tout moment".

Dans le même temps, les contestataires ont évacué le ministère de la Justice, situé en plein centre de la capitale et qu'ils occupaient depuis dimanche soir, tout en continuant d'en bloquer l'accès, a constaté l'AFP.

Les autorités avaient menacé de décréter l'état d'urgence et de mettre fin aux pourparlers si cette occupation perdurait, tandis que Vitali Klitschko, un des leaders de l'opposition, qui prend part aux discussions avec le président Viktor Ianoukovitch, avait appelé les manifestants à quitter les lieux.

Les opposants ont toutefois érigé à proximité des barricades avec des sacs de neige et d'ordures, étendant un peu plus encore la zone qu'ils contrôlent autour de la place de l'Indépendance, haut lieu du mouvement de contestation déclenché il y a plus de deux mois après le refus du chef de l'Etat, fin novembre, de signer un accord de libre-échange avec l'Union européenne, préférant se rapprocher de Moscou.

L'UE a d'ailleurs à nouveau fait entendre sa voix lundi, appelant les autorités ukrainiennes à "remplir les promesses" faites à l'opposition, tout en exhortant celle-ci à "se dissocier clairement de tous ceux qui ont recours à la violence".

Bruxelles et Moscou "ont un intérêt commun à ce que la situation se calme", a, quant à lui, noté un haut responsable européen, tandis que le commissaire européen chargé de la Politique de voisinage, Stefan Füle, devait de nouveau se rendre, lundi, à Kiev.

Le mouvement se radicalise dans les régions

Le mouvement de protestation s'est brusquement radicalisé la semaine dernière, donnant lieu à des scènes de guérilla urbaine qui ont fait au moins trois morts dans la capitale, et s'étend désormais à pratiquement toute l'Ukraine.

M. Ianoukovitch a fait samedi une série de concessions, proposant les postes les plus élevés du gouvernement à l'opposition, mais les chefs de cette dernière ont affiché leur détermination à poursuivre la "lutte", afin d'obtenir notamment une élection présidentielle anticipée.

La situation s'est en outre envenimée dans les régions, où les contestataires ont multiplié les actions contre des bâtiments publics, parfois accompagnées d'échauffourées.

Les sièges des administrations de la plupart des provinces de l'Ouest, nationalistes, davantage tournées vers l'UE et fermement opposées à M. Ianoukovitch, sont depuis plusieurs jours aux mains des manifestants qui veulent le départ des gouverneurs nommés par le chef de l'Etat.

L'administration régionale est désormais bloquée dans 14 des 25 provinces par les contestataires.

Ceux-ci ont investi les immeubles abritant les bureaux des gouverneurs dans dix villes et en contrôlent les abords dans quatre autres.

Même si ces actions se déroulent essentiellement en Ukraine occidentale, les autres régions, y compris russophones, sont à leur tour touchées.

Des manifestations ont eu lieu dans presque tous les grands centres régionaux.

Cependant, les forces de sécurité paraissent reprendre l'initiative dans l'Est, recourant à la force contre les manifestants à Dnipropetrovsk, Tcherkassi et Soumy, d'après les médias locaux.

Et des témoins ont fait état de blessés à Zaporijjia, dans le sud, où 3.000 manifestants lancés à l'assaut de l'administration du gouverneur ont été dispersés par la police.

Trente-sept contestataires ont au total été arrêtés dans ces quatre villes, d'après des informations locales.

A Lviv, bastion nationaliste de l'ouest, le siège de l'administration est occupé depuis jeudi.

A Kiev, en revanche, la mobilisation a semblé marquer le pas dimanche sur la place de l'Indépendance, où seule une petite foule était présente, alors que des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes s'étaient regroupées pendant les immenses rassemblements dominicaux des semaines précédentes.

Viktor Ianoukovitch a proposé le poste de Premier ministre à l'opposant Arséni Iatséniouk et celui de vice-Premier ministre à l'ancien boxeur Vitali Klitschko, tout en se disant prêt à discuter d'une révision de la Constitution destinée à céder une partie de ses pouvoirs au gouvernement.

Ces propositions ont pour but de "diviser notre mouvement d'opposition", a jugé M. Klitschko.

Mais pour l'analyste Evgen Glibovitski, qui s'exprimait dans le journal en ligne Ukrainska Pravda, "Ianoukovitch sera davantage enclin à négocier cette semaine, car il est affaibli, alors que les protestataires sont plus forts".

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