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27/01/2014 10:50 EST | Actualisé 29/03/2014 05:12 EDT

La banque centrale turque attendue au secours de la livre qui dévisse

La banque centrale turque a été contrainte de convoquer une réunion en urgence mardi pour tenter d'enrayer la dégringolade de la livre (LT), qui a atteint de nouveaux planchers historiques sur fond d'inquiétudes mondiales pour les économies émergentes.

Sur sa lancée de la semaine dernière, la devise turque a repris lundi matin sa plongée vertigineuse et s'échangeait deux heures après la réouverture des marchés au-delà des 2,39 LT pour un dollar et 3,27 LT pour un euro, nouveaux plus bas absolus.

Pour répondre à l'affolement des opérateurs, la banque centrale a publié en urgence à la mi-journée un communiqué annonçant la réunion exceptionnelle de son comité de politique monétaire "afin d'évoquer les récents développements et prendre les mesures nécessaires pour assurer la stabilité des prix".

L'institution a promis d'annoncer dès mardi 22h00 GMT de nouvelles mesures pour essayer de stabiliser le cours de la livre, qui a perdu plus de 10% depuis mi-décembre.

Ce communiqué a immédiatement allégé la pression qui pesait sur les marchés. Dans l'après-midi, la devise turque avait repris quelques couleurs, à 2,3105 LT pour un dollar et 3,1578 LT pour un euro, tandis que le principal indice de la Bourse d'Istanbul reprenait 0,0,22% à 64.568,74 points.

La plupart des analystes attendent désormais de la banque centrale qu'elle consente enfin à la hausse des taux d'intérêt qu'elle a jusque-là refusée, sous la pression du gouvernement turc qui redoute qu'elle affecte la croissance et creuse les déficits.

"Les responsables (turcs) ont enfin compris que leurs efforts pour resserrer leur politique monétaire sans augmenter les taux d'intérêt ont échoué", s'est réjoui William Jackson, de la firme londonienne Capital Economics. "La politique monétaire turque reste très imprévisible mais nous anticipons une hausse du taux au jour le jour de 7,75 à 9%", a-t-il ajouté.

"L'heure est venue d'une hausse ferme", a renchéri Inan Demir de la Finansbank, "si la banque centrale prend des demi-mesures comme elle l'a fait en 2006 et en 2011, la pression qui pèse sur la livre persistera".

"Un ralentissement économique est inévitable, mais une forte hausse des taux stabiliserait la confiance", a ajouté Reinhard Cluse, de la banque suisse UBS.

Inquiétudes

Depuis des semaines, l'institution financière a tenté vainement de soutenir la livre en injectant des liquidités par voie d'adjudication, à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars par jour. Elle est même intervenue jeudi dernier directement sur les marchés, pour la première fois depuis deux ans, sans plus de résultat.

Comme les monnaies d'autres pays émergents, la livre turque est affectée depuis l'été par le resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui a provoqué un reflux des capitaux étrangers.

Elle subit en outre de plein fouet depuis un mois et demi les effets de la tempête politique provoquée par le scandale de corruption qui éclabousse le Premier ministre islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan.

La crise politique qui agite la Turquie a contraint la plupart des analystes à réviser à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2014, que le gouvernement maintient à 4% en insistant sur le caractère à ses yeux "temporaire" des difficultés actuelles.

"Il n'y a aucune raison de paniquer", a encore répété lundi le ministre de l'Economie Nihat Zeybekci, "les secteurs public et privé peuvent surmonter tout ça".

Après avoir affiché des taux "chinois" de plus de 8% en 2010 et 2011, la croissance turque, victime notamment de la crise mondiale, a nettement fléchi, à 2,2% en 2012, et autour de 3,6% attendu pour 2013.

Les analystes anticipent également un taux d'inflation supérieur à 7%, après ceux de 7,4% en 2013 et 6,2% en 2012. La banque centrale doit d'ailleurs présenter mardi à 10h00 locales (8h00 GMT) ses prévisions d'inflation pour le premier trimestre 2014.

Depuis le 17 décembre, la livre a perdu plus de 10% de sa valeur face au dollar et à l'euro, ravivant les craintes d'une crise financière majeure en Turquie, à l'image de celle qui avait frappé le pays en 2000-2001.

bur-pa/plh