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27/01/2014 04:13 EST | Actualisé 28/03/2014 05:12 EDT

Inversion de la courbe du chômage en France: la promesse de Hollande sera-t-elle tenue ?

Les Français sauront lundi si le président François Hollande a réussi son pari d'inverser la courbe du chômage fin 2013, priorité de son gouvernement, avec la publication très attendue du nombre de demandeurs d'emploi en décembre qui, plutôt qu'un recul, pourrait montrer une "stabilisation".

"On s'oriente vers une situation (...) de stabilisation, c'est déjà considérable", a déclaré dimanche le ministre français du Travail Michel Sapin, laissant entendre que l'inversion ne serait pas au rendez-vous.

"L'année 2013 aura été une année de bataille menée avec efficacité contre la montée du chômage", a-t-il assuré, faisant valoir que la hausse du chômage a été endiguée et que le chômage des jeunes recule "depuis huit mois".

"Sur l'année 2013, il y a eu une décélération très nette et l'inversion de la courbe du chômage a été entamée", a également affirmé lundi matin le ministre de l'Economie Pierre Moscovici.

"Un coup, c'est inversion, un coup, c'est stabilisation, un coup, c'est un ralentissement de la hausse, on va finir par avoir l'inversion de l'inversion, c'est-à-dire l'augmentation", a ironisé le patron du syndicat Force ouvrière, Jean-Claude Mailly. L'inversion de la courbe, "c'est un pari raté. Il faut le dire clairement", a-t-il lancé dimanche.

La croissance étant anémique en France, les chiffres de l'emploi sont en effet restés décevants ces derniers mois. Après une embellie en octobre, 17.800 chômeurs supplémentaires ont été enregistrés fin novembre. A cette date, 3,293 millions de demandeurs d'emploi sans activité "étaient recensés, frôlant le record atteint en septembre (3,295 millions).

L'Unédic, l'organisme paritaire qui gère l'assurance chômage, ne s'attend pas d'ailleurs pas à un miracle à court terme: il table sur une quasi-stabilisation" du chômage fin 2013. Et en 2014, faute d'une reprise suffisamment robuste, il prévoit que 63.200 demandeurs d'emploi supplémentaires viennent grossir les listes.

"Les entreprises sont en sureffectifs, la population active augmente, la croissance est faible, on est donc dans une configuration de hausse du chômage", résume Eric Heyer de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), un organisme indépendant.

Plus de 63.000 défaillances d'entreprises ont d'ailleurs été enregistrées en 2013, le niveau atteint au plus fort de la crise en 2009.

"salut public"

"Même si le chômage baisse légèrement" grâce aux "emplois aidés" qui bénéficient d'une incitation fiscale, "on ne pourra pas dire qu'il y a une inversion de la tendance. Celle-ci ne se fera qu'avec des créations d'emplois dans le secteur privé", souligne-t-il.

Mi-janvier, François Hollande a d'ailleurs reconnu lui-même à demi-mots qu'il avait échoué.

"Est-ce que j'ai fait des erreurs ? Sans doute. Est-ce que c'était celle d'avoir annoncé ou promis l'inversion de la courbe du chômage? Mais si je ne l'avais pas fait, beaucoup m'auraient demandé +mais qu'avez-vous comme objectif?+", s'est-il justifié.

Il s'est d'ailleurs gardé de réitérer sa promesse, demandant désormais à être jugé "à la fin du quinquennat".

Le chef de l'Etat, qui joue en partie sa crédibilité sur la baisse du chômage, a aussitôt engagé "une nouvelle étape": il a proposé un "pacte de responsabilité" aux entreprises pour qu'elles embauchent en contrepartie d'environ 30 milliards d'euros d'allègements de charges d'ici 2017.

"C'est maintenant que tout se joue", a-t-il expliqué mardi aux syndicats et au patronat, parlant même d'une "démarche de salut public" et demandant "la participation de tous".

Reste à savoir si les entreprises joueront le jeu et quand l'impact sur l'emploi sera perceptible.

Vu la faiblesse de la croissance, attendue autour de 1% en 2014, les économistes restent circonspects. Selon l'Insee, le taux de chômage actuellement à 10,5% devrait ainsi continuer à grimper pour atteindre 10,6% (11% avec l'outre-mer) fin juin.

Hasard du calendrier? Lundi, patronat et syndicats sont reçus par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault pour mettre en chantier le Pacte de responsabilité sur lequel parie désormais le gouvernement pour inverser "durablement" la tendance.

L'opinion reste sceptique: selon un récent sondage Ifop, 73% des Français ne font pas confiance aux entreprises pour créer des emplois en échange d'une baisse des charges.

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