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27/01/2014 01:32 EST | Actualisé 28/03/2014 05:12 EDT

"Femmes de réconfort": Tokyo prend ses distances avec les propos du patron de la NHK

Le gouvernement japonais a pris lundi ses distances avec le patron de la télévision publique NHK selon lequel la prostitution forcée de femmes par l'armée japonaise, pendant la Seconde Guerre mondiale, correspondait à une pratique "fréquente dans tous les pays en guerre".

Le système des bordels militaires était "fréquent dans tous les pays en guerre", a déclaré dimanche Katsuto Momii, durant sa première conférence de presse depuis son arrivée à la tête de la NHK.

"Pouvons-nous dire qu'il n'y en avait pas en Allemagne et en France? Il y en avait partout en Europe", a-t-il dit.

Katsuto Momii "a fait ces déclarations à titre personnel", a déclaré lundi le secrétaire général du gouvernement, Yoshihide Suga, tout en s'abstenant du moindre commentaire sur la teneur des déclarations.

Peu après, le patron de la télévision publique a présenté ses excuses pour ses propos "extrêmement inappropriés", confirmant qu'il s'agissait de son opinion personnelle.

La plupart des historiens estiment à 200.000 le nombre de femmes --surtout des Coréennes, Chinoises et Philippines-- réduites en esclavage sexuel par Tokyo pendant la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd'hui encore, la question de ces femmes et celle des atrocités commises par les troupes impériales continuent de peser sur les relations du Japon avec ses voisins.

"Nous ne pouvons que déplorer le fait que le patron de la télévision publique japonaise, qui devrait rester impartial, déforme de façon ridicule des faits historiques", a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Séoul.

"La conscience historique des dirigeants japonais de premier plan est, sous l'administration Abe, descendue à un niveau dangereusement bas", a-t-il ajouté.

En 1993, Tokyo avait officiellement présenté ses excuses pour les souffrances endurées par les victimes. Mais depuis, plusieurs hauts responsables politiques ont fait machine arrière, donnant l'impression, notamment à Séoul, que le Japon ne regrettait pas véritablement ses actions passées.

Au printemps dernier, le maire nationaliste d'Osaka (ouest), Toru Hashimoto, avait provoqué un scandale en Asie et aux Etats-Unis en qualifiant de "nécessité" l'enrôlement de ces "femmes de réconfort" dans les pays occupés par le Japon.

Lundi, M. Hashimoto a estimé que ce qu'avait déclaré M. Momii à ce sujet dimanche était "parfaitement exact". "Personne ne peut contredire cet argument qui est celui que j'avais soulevé à l'époque", a-t-il souligné d'après des propos cités par l'agence Jiji.

Lors d'un premier passage à la Primature 2007, Shinzo Abe --revenu au pouvoir fin 2012-- avait suscité une vive polémique en déclarant qu'il n'existait pas de preuve tangible que des femmes aient été forcées à se prostituer.

M. Momii, 70 ans, a été vice-président de la maison de commerce Mitsui et aurait été, selon l'agence Kyodo News, le candidat du Premier ministre Abe pour prendre la tête de la NHK.

Ses commentaires sont mal tombés la veille de la mort à 90 ans de Hwang Kum-Ja, l'une des 55 dernières "femmes de réconfort" sud-coréennes encore en vie.

Du fait de ces questions historiques mais aussi de conflits territoriaux, Pékin et Séoul sont en très mauvais termes depuis plus d'un an avec Tokyo, qu'ils accusent ne ne pas vouloir reconnaître son passé militariste.

Leur colère a redoublé fin décembre dernier lorsque M. Abe s'est rendu au sanctuaire Yasukuni de Tokyo, où sont honorés 2,5 millions de morts pour le Japon, mais surtout 14 criminels de guerre.

C'était la première visite d'un chef de gouvernement nippon sur place depuis 2006.

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