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26/01/2014 02:22 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

Nigeria: le parti du président menacé aux prochaines élections

Le Nigeria a arrêté la date de ses élections présidentielle et législatives en 2015, qui pourraient marquer la première défaite du parti au pouvoir depuis 1999, mais reste à savoir si le président Goodluck Jonathan briguera un deuxième mandat.

La Commission électorale nationale indépendante a fixé vendredi au 14 février 2015 la date des législatives et de la présidentielle, à laquelle le président Jonathan envisage de se représenter malgré de vives contestations.

Les assemblées régionales et les gouverneurs doivent être élus le 28 février 2015.

Le scrutin est observé de près, car le Parti démocratique populaire (PDP) du président Jonathan pourrait être chassé du pouvoir, pour la première fois depuis la fin des régimes militaires en 1999.

Le PDP est déchiré depuis plusieurs mois par des luttes intestines et a perdu la majorité absolue qu'il détenait à la Chambre basse, au profit du principal parti d'opposition, le Congrès des progressistes (APC).

"Nous sommes prêts à déloger le PDP du pouvoir en 2015", a déclaré à l'AFP le porte-parole de l'APC Lai Mohammed.

La volonté de se représenter prêtée à Jonathan attise les tensions, même si le président nigérian n'a pas encore dit publiquement s'il va ou non briguer un deuxième mandat de quatre ans.

Chrétien originaire du sud du pays, Goodluck Jonathan, 56 ans, est président du pays depuis mai 2010, date à laquelle, alors vice-président, il a succédé au président musulman Alhaji Umaru Yar'Adua.

Si M. Jonathan, vainqueur de la présidentielle de 2011, se représentait, il violerait une règle tacite du PDP voulant qu'après un chrétien du Sud, ce soit au tour d'un musulman du Nord de se porter candidat.

Les deux religions englobent chacune à peu près la moitié des 170 millions d'habitants du pays le plus peuplé d'Afrique et sont un facteur de division.

Les candidats nombreux

En novembre dernier, cinq influents gouverneurs d'Etats avaient rallié l'APC, suivis quelques jours plus tard par 37 députés du PDP, faisant perdre au parti présidentiel sa majorité absolue.

Des membres éminents du PDP font pression sur Jonathan pour qu'il renonce à se représenter.

En décembre, Olusegun Obasanjo, ancien président entre 1999 et 2007, l'a exhorté à ne pas se concourir. Dans une lettre ouverte de 18 pages, il l'a accusé d'être resté impuissant face à la corruption, au vol de pétrole organisé - le Nigeria est le premier producteur de brut d'Afrique - et aux graves problèmes de sécurité, dus notamment à l'insurrection du groupe islamiste Boko Haram dans le Nord.

La semaine dernière, l'impopulaire nouveau président du PDP et allié de M. Jonathan, Bamangar Tukur, a été contraint de démissionner.

Cette décision a été considérée comme une tentative du président Jonathan de faire taire les voix dissidentes au sein de son parti.

"Je pense que Jonathan a viré Tukur au profit de ses propres ambitions", estime l'analyste politique Dapo Thomas, se disant convaincu qu'il va se représenter.

Si cependant le président renonce à y aller, les hommes politiques du Nord devraient être nombreux à tenter leur chance.

Parmi les candidats potentiels du PDP figurent le vice-président du pays, Namadi Sambo, ancien gouverneur de l'Etat de Kaduna (centre), et l'ancien vice-président et membre fondateur du parti Atiku Abubakar.

Le gouverneur de l'Etat du Niger (centre-ouest) Babangida Aliyu, son homologue de l'Etat de Jigawa (nord), Sule Lamido, qui a le soutien de l'ancien président Obasanjo, et le président de la Chambre des Représentants Aminu Tambuwal pourraient également se présenter.

Le Nigeria a une longue histoire d'élections marquées par des violences. Plus de 800 personnes avaient été tuées dans des émeutes après les élections de 2011.

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