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26/01/2014 12:45 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

La fluctuation du dollar retarde les exportations de soja en Argentine

La dévaluation du peso incite les producteurs agricoles en Argentine à la prudence et à retarder la vente du soja, pourtant source indispensable de dollars pour le gouvernement depuis la crise économique de 2001.

La dépréciation continue du peso argentin et la brusque accélération depuis le 1er janvier (18%), a plongé dans l'incertitude de nombreux acteurs de l'économie.

Le ministre argentin de l'Economie Axel Kicillof pointe les producteurs d'un doigt accusateur et chiffre à 11 millions de tonnes le soja en instance de commercialisation. Cette production représente quelque 20% de la production annuelle, soit environ 4 milliards de dollars, dont 35% de recettes fiscales qui aboutissent dans les caisses de l'Etat.

Il existe un fort contentieux entre le gouvernement de la présidente de centre-gauche Cristina Kirchner et les agriculteurs, de riches propriétaires terriens en général, excédés par la pression fiscale imposée par Mme Kirchner et avant elle par son mari Nestor, président de 2003 à 2007.

Le gouvernement a annoncé qu'il avait mis un terme à la dévaluation du peso, censée favoriser les exportations, mais les détenteurs de soja sont sceptiques.

Un fermier de la province de Buenos Aires qui veut rester anonyme hésite à vendre sa récolte qu'il stocke depuis près de 6 mois dans des silos.

"Ce n'est pas clair, dit-il d'un ton agacé. On verra la semaine prochaine la conséquence de cette politique. Si tu vends maintenant, tu vends à un prix et si tu attends, tu vends plus cher. Ce qui peuvent attendre, ils le font", confie ce propriétaire de 1.500 hectares, qui élève aussi du bétail.

La Société rurale, qui représente les intérêts des fermiers, souligne que quand les réserves en dollars de la Banque centrale ont atteint leur plus niveau, c'est grâce aux exportations agricoles. "L'incertitude est forte, la conséquence immédiate, c'est la paralysie des ventes" depuis fin 2013, selon cet organisme.

L'incertitude est telle dans le monde agricole que les producteurs préfère échanger du grain contre du matériel ou des produits agricoles, plutôt que d'avoir des pesos dans les mains, souligne-t-on à la Société rurale.

A la Bourse de Rosario, 3e ville d'Argentine et port qui canalise 80% des exportations de soja, les ventes se font au compte-gouttes.

"On va voir ce qui se passe dans la semaine, le taux de change a fortement évolué, il est probable qu'avec cette nouvelle valeur les producteurs commencent à vendre", explique Julio Calzada, directeur des études économiques à la Bourse de Rosario.

Alors que l'économie argentine affiche une baisse considérable de ses réserves de devises, de 52 à 29 milliards de dollars depuis début 2011, beaucoup de producteurs de soja limitent les exportations "pour protéger leurs revenus", analyse Carlos Malamud, expert de l'Amérique latine à l'Institut royal Elcano de Madrid. La croissance de la production de soja et de l'économie "n'est plus ce qu'elle était (dans les années 2000), ce n'est pas que la fête est terminée mais le vent n'est plus aussi portant qu'auparavant", souligne-t-il.

Le pronostic de production de soja en Argentine pour 2014 est pourtant meilleur qu'en 2013 avec 54 millions de tonnes, derrière les Etats-Unis et le Brésil (près de 90 millions).

Mais les producteurs argentins s'exposent à la baisse du cours du soja sur le marché international. En 2013, le prix de l'oléagineux, dont la Chine est le premier importateur, a diminué et les prix mondiaux du soja et des céréales devraient fortement chuter en 2014, en raison de récoltes record, selon les prévisions de la société spécialisée Cyclope.

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