NOUVELLES
25/01/2014 10:33 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

Ukraine: l'opposition veut continuer la "lutte" malgré les concessions du président

Les dirigeants de l'opposition ukrainienne entendaient dimanche poursuivre leur mouvement de protestation malgré les concessions sans précédent faites la veille par le président Viktor Ianoukovitch, dont le poste de Premier ministre, en vue de tenter de régler une crise qui dure depuis deux mois.

Signe que la situation demeurait tendue, quelque 2.000 manifestants ont lancé dans la nuit de samedi à dimanche un assaut contre un bâtiment du centre de Kiev, proche de la place de l'Indépendance, haut lieu de la contestation, et réussi à en déloger les membres des forces de sécurité.

Quelque 200 membres des forces de police ont dû finalement évacuer par une porte latérale le centre d'exposition en partie vide utilisé par les forces de l'ordre depuis le début de la crise comme une base, a annoncé la télévision tôt dimanche.

Le ministère de l'Intérieur a confirmé l'évacuation de "La Maison ukrainienne", expliquant dans un communiqué "avoir décidé de retirer l'unité de reserve (...) du bâtiment". "Les forces de sécurité n'ont pas cédé aux provocations, n'ont pas fourni l'occasion d'une escalade et ont fait preuve de retenue".

Dimanche matin, des centaines de contestataires étaient toujours sur place, mais la situation était calme, selon des images de la télévision.

L'assaut a eu lieu peu après l'intervention des dirigeants de l'opposition sur la place de l'Indépendance, où, sans se prononcer explicitement sur les propositions du président Viktor Ianoukovitch, ses chefs de file ont assuré qu'ils resteraient mobilisés jusqu'à satisfaction de toutes leurs exigences, en premier lieu la convocation d'une élection présidentielle dès cette année et non l'année prochaine comme prévu.

"La lutte continue", a ainsi lancé l'opposant nationaliste Oleg Tiagnybok devant des dizaines de milliers de personnes réunies place de l'Indépendance.

"Nous sommes déterminés et nous ne reculons pas", a affirmé de son côté Vitali Klitschko -- auquel le chef de l'Etat a proposé de devenir vice-Premier ministre -- tout en reconnaissant que "Ianoukovitch a satisfait un grand nombre de nos exigences".

"Les négociations se poursuivent", a ajouté l'ancien boxeur.

"Nous n'allons pas bouger"

Arséni Iatséniouk, qui s'est vu offrir par le président d'être chef du gouvernement, s'est dit "prêt à prendre ses responsabilités", mais a ajouté ne "pas croire un mot" de ce qu'affirme le pouvoir.

"Nous n'allons pas bouger", a martelé le leader du parti Baktivchtchina de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko.

Les trois opposants ont en outre rappelé qu'ils exigeaient l'abolition des lois répressives adoptées le 16 novembre prévoyant des peines allant jusqu'à la prison ferme pour les manifestants, et qui ont entraîné une nette radicalisation du mouvement.

Après deux mois de crise, cette ouverture surprise de Viktor Ianoukovitch est intervenue à l'issue d'une semaine marquée par des violences à Kiev et par un renforcement de la contestation dans les régions.

Le chef de l'Etat a aussi accepté la création d'un groupe de travail chargé de "modifier la législation sur les référendums et peut-être, via ce mécanisme, de proposer des amendements à la Constitution", pour que des prérogatives accrues soient octroyées au gouvernement.

Le mouvement s'étend

L'opposition demande, quant à elle, un retour à la Constitution de 2004, adoptée après la Révolution orange qui avait doté l'Ukraine, ancienne république soviétique, d'un régime parlementaire et donc d'un puissant Premier ministre.

La Constitution avait plus tard été révisée, donnant l'essentiel du pouvoir au président.

L'opposition est mobilisée depuis le refus de Viktor Ianoukovitch fin novembre de signer un accord avec l'Union européenne, lui préférant un rapprochement avec la Russie.

Influent soutien du pouvoir, Rinat Akhmetov, l'homme le plus riche d'Ukraine et proche du chef de l'Etat, avait plaidé pour une solution pacifique.

"Tout emploi de la force, tout recours aux armes est inacceptable", avait mis en garde le milliardaire.

Le ministre de l'Intérieur, Vitali Zakhartchenko, avait toutefois, de son côté, jugé "vaines" les tentatives de parvenir à un accord politique, affirmant que l'opposition avait perdu le contrôle de manifestants "radicaux".

Le bilan officiel des affrontements de la semaine a atteint samedi trois morts avec le décès à l'hôpital d'un homme de 45 ans. L'opposition fait état de son côté de six morts.

Hors de Kiev, les sièges des administrations de la plupart des régions de l'Ouest, davantage tournées vers l'Union européenne, sont occupées par des milliers de manifestants qui réclament le départ des gouverneurs nommés par le président.

Fait nouveau samedi, ce mouvement s'est propagé à certaines régions du Nord (Tcherniguiv) et de l'Est (Poltava).

M. Ianoukovitch est aussi sous la pression de l'Union européenne, qui avait demandé samedi des "gestes concrets" en vue d'un retour au calme. Mme Catherine Ashton, le chef de la diplomatie européenne, est attendue à Kiev jeudi et vendredi.

D'ici là, mardi, un sommet doit réunir l'UE et la Russie, que les Européens accusent d'avoir usé de son influence pour convaincre l'Ukraine de renoncer à un accord d'association avec Bruxelles.

bds/gmo/pt/jh