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25/01/2014 08:45 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

Les femmes, amatrices de séries TV, restent peu nombreuses à les créer

Dans l'univers ultra-compétitif de la création télévisuelle en France et au Royaume-Uni, les femmes restent désespérément sous-représentées, a fortiori les réalisatrices dont le nombre décroit, une situation paradoxale au vu de l'appétit du public féminin pour les séries TV.

C'est l'un des constats des professionnels du secteur, réunis à Londres pendant la deuxième quinzaine de janvier pour le festival "Totally Serialized" organisé par l'Institut français.

Sophie Deschamps de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), estime que l'organisme compte environ 25% de femmes parmi ses scénaristes adhérents. Le pourcentage de réalisatrices télé tombe à 13%, en baisse par rapport aux années précédentes.

Au Royaume-Uni, les dernières statistiques du British Film Institute (BFI), publiées en juillet 2013, montrent une diminution du nombre de réalisatrices (7,8% contre 15% en 2011) et des scénaristes (13.4% contre 18.9% en 2011) de cinéma. Une tendance qui se retrouve à la télévision en moins prononcée.

Lorraine Sullivan, la directrice du festival, explique ce faible pourcentage de réalisatrices par la difficulté d'"allier ce métier avec une vie de famille car il emmène souvent loin et longtemps".

En même temps, elle souligne la précarité de ces métiers qui ne sont pas des emplois à durée indéterminée mais évoluent au gré des projets.

Virginie Brac, scénariste française confirmée, évoque un "vrai blocage vis-à-vis des réalisatrices".

"J'ai été stupéfaite de voir sur le tournage d'Engrenages --elle a écrit la saison 2-- comment acteurs et actrices ont littéralement bizuté la réalisatrice Virginie Sauveur", a-t-elle dit à l'AFP.

Les difficultés à entrer dans la profession sont également pointées du doigt, dans un milieu qui nécessite de jouer des réseaux, une activité qui serait mieux maîtrisée par les hommes.

"La question de la confiance en soi est cruciale", souligne Paula Milne, scénariste anglaise spécialiste des séries politiques et auteur notamment de "The Politician's Husband".

"C'est une industrie brutale, impitoyable, qui brasse beaucoup d'argent. Si vous n'avez pas l'air d'avoir confiance en vous, ils ne vous ferons pas confiance", a-t-elle martelé.

Virginie Brac souligne également qu'à chaque nouveau projet, "c'est comme si je n'avais rien fait avant".

"Vous devez vous affirmer, et ce n'est pas facile parce que c'est une qualité traditionnellement plus valorisé chez les hommes que chez les femmes", qui sont vite associées à des "garces", renchérit Emma Reeves, scénariste britannique spécialisée dans les programmes jeunesse dont "Young Dracula", lors d'une table ronde avec ses deux consoeurs qui a fait salle comble.

Dominique Jubin, directrice adjointe de la fiction à Canal+, dont l'ADN des programmes repose historiquement sur le triptyque très masculin sport-porno-cinéma, s'est dite consciente du phénomène, affirmant qu'il n'y avait "aucune bonne raison" à cette sous-représentation féminine.

Locomotive de la création de séries TV originales en France, la chaîne cryptée compte des scénaristes féminines qui travaillent sur "Engrenages", "Kaboul Kitchen" ou "Workingirls" ainsi que deux réalisatrices: Hettie MacDonald qui a réalisé deux épisodes de "The Tunnel" et Virginie Sauveur qui en a tourné quatre d'"Engrenages".

Mais "c'est vrai qu'il y a moins de femmes que d'hommes", a-t-elle reconnu.

"Ca nous intéresse d'avoir des séries qui s'adressent aussi à un public féminin", a-t-elle assuré.

Dans cette optique, "nous avons initié le développement d'une série avec Maïwenn qui est écrite par des femmes et porte sur des femmes", a-t-elle annoncé à l'AFP.

Virginie Brac a elle aussi confié écrire une série pour Canal+ "sur deux jeunes femmes de ménage qui se lancent dans le trafic de clandestins entre la France et l'Angleterre".

"C'est une sorte de +Thelma et Louise+ qui se passe en Normandie mais c'est une success-story, je ne veux pas que ça soit plombant et en même temps je veux que ça parle de vraies difficultés, une sorte de +Breaking Bad+ à la française", a-t-elle décrit à l'AFP, les yeux pétillants.

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