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25/01/2014 10:00 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

La Tunisie attend sa Constitution, échec de la formation d'un gouvernement

La Constituante tunisienne doit procéder dimanche au vote d'adoption de la nouvelle Constitution trois ans après la révolution et alors que le pays reste empêtré dans une crise politique après l'échec surprise de la formation d'un gouvernement d'indépendants.

Les députés ont déjà approuvé article par article le projet de Constitution lors de débats houleux entre le 3 et le 23 octobre, opposant notamment les islamistes d'Ennahda majoritaires et leurs détracteurs. Il doit désormais être voté dans son ensemble.

La séance de l'Assemblée nationale constituante, prévue à l'origine pour la matinée a été reportée à l'après-midi, selon la députée Karima Souid, assesseur de la présidence de la Constituante chargée de l'Information.

Ce texte, qui consacre un exécutif bicéphale et accorde une place réduite à l'islam, devrait recueillir la majorité nécessaire des deux tiers des 217 élus, des compromis assez larges ayant été négocié pour permettre son adoption.

Plus de deux ans de travaux ont été nécessaires pour aboutir à ce compromis visant à éviter une dérive autoritaire dans un pays qui a connu plus d'un demi-siècle de dictature, sous Habib Bourguiba, puis sous Zine El Abidine Ben Ali, renversé par la révolution de janvier 2011.

En cas d'échec cependant, une seconde lecture devra avoir lieu. Si elle échoue aussi, le projet sera soumis au référendum, ce que l'essentiel de la classe politique souhaite éviter.

Le vote de dimanche intervient dans un contexte tendu, avec l'échec de la formation d'un gouvernement d'indépendants, un nouveau coup de théâtre prolongeant encore la crise politique déclenchée il y a six mois par l'assassinat du député d'opposition Mohamed Brahmi.

Echec de la formation d'un gouvernement

Le ministre sortant de l'Industrie, Mehdi Jomaâ, chargé de former ce cabinet, a annoncé dans la nuit de samedi à dimanche ne pas avoir réussi à constituer une équipe faisant consensus.

"Nous ne sommes pas loin de la solution, nous continuons encore les concertations", a déclaré M. Jomaâ, choisi en décembre par la classe politique pour diriger le prochain gouvernement et formellement nommé le 10 janvier.

"Peut-être que je serai chargé (de nouveau de former un cabinet), peut-être que ce sera une autre personne", a-t-il ajouté.

La présidence a indiqué dans un communiqué qu'elle commencera dimanche, conformément à la législation en vigueur, "à consulter les différents partis pour choisir la personne qui se verra confier la tâche de former le prochain gouvernement".

Dans l'intervalle, le Premier ministre sortant, l'islamiste Ali Larayedh, reste en charge des affaires courantes.

L'une des principales causes de l'échec a été une révision des règles de la motion de censure du gouvernement par l'Assemblée, d'après différents acteurs politiques et médias tunisiens.

Colère du médiateur

Selon une feuille de route de sortie de crise, la majorité pour limoger le cabinet a été fixée aux trois cinquième des élus, mais maintenue à la majorité absolue pour les ministres individuellement, ce qui fait craindre la possibilité de faire chuter un à un les membre du cabinet.

"Mehdi Jomaâ n'acceptera pas cela. Cela représente aussi une violation flagrante de la feuille de route", a réagi dans un communiqué Houcine Abassi, le secrétaire général du puissant syndicat UGTT et principal architecte des pourparlers pour sortir la Tunisie de son impasse politique.

Un autre problème concerne l'identité du ministre de l'Intérieur.

Certaines forces, dont les islamistes et M. Jomaâ, militaient pour le maintien de Lotfi Ben Jeddou, en poste depuis mars 2013.

D'autres estimaient qu'il devait quitter ses fonctions car il a servi dans l'équipe sortante, dirigée par Ennahda, et qu'il était en poste lors de l'assassinat de Mohamed Brahimi.

Dans le cadre des négociations de sortie de crise, Ennahda a accepté de quitter le pouvoir et de laisser la place à des indépendants pour conduire le pays vers des élections en 2014. Depuis, le processus a sans cesse été ralenti par les dissensions au sein de la classe politique.

La Tunisie, berceau du Printemps arabe, a réussi jusqu'à présent à ne pas basculer dans le chaos, mais sa stabilité reste minée par l'essor de groupes jihadistes et par de profonds problèmes économiques et sociaux, déjà à l'origine de la révolution de janvier 2011.

Sa transition postrévolutionnaire a été considérablement freinée par un climat de méfiance entre les islamistes d'Ennahda et leurs détracteurs.

alf/cbo