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16/01/2014 07:45 EST | Actualisé 18/03/2014 05:12 EDT

Une famille veut poursuivre l'Ohio après une exécution de près de 25 minutes

LUCASVILLE, États-Unis - L'avocat de la famille d'un meurtrier, dont l'exécution par injection létale en Ohio jeudi a été marquée par plusieurs minutes de halètements jamais entendus et d'étranges sons, envisage poursuivre l'État à la suite de ce qui est survenu.

Le procureur Jon Paul Rion affirme que la famille de Dennis McGuire est profondément bouleversée par son exécution et croit que celle-ci a violé ses droits constitutionnels.

McGuire a semblé haleter en plusieurs occasions et il lui a fallu beaucoup de temps avant de rendre son dernier souffle — plus de 20 minutes — lors de cette exécution réalisée avec une combinaison de drogues jamais utilisée aux États-Unis auparavant.

Allen Bonhert, l'avocat de McGuire, a déclaré que la mort du criminel avait été «une expérience agonisante et ratée».

Les avocats de McGuire avaient tenté de bloquer son exécution la semaine dernière, arguant que la méthode non testée pourrait engendrer un phénomène médical ressemblant à une dyspnée qui lui ferait vivre «agonie et terreur» pendant qu'il cherchera à reprendre son souffle.

Dans ses arguments pour que l'exécution ait lieu comme prévu, le procureur général adjoint Thomas Madden avait affirmé que «personne n'avait droit à une exécution sans douleur», même s'il avait reconnu le fait que la Constitution des États-Unis interdit les châtiments cruels et inhabituels.

Le juge de district Gregory Frost a penché en faveur de l'État. Mais à la demande des avocats de McGuire, il a ordonné aux responsables de photographier et de préserver les fioles de drogue, les emballages et les seringues.

McGuire, qui était âgé de 53 ans, a laissé sortir de puissants grognements lors de l'une des plus longues exécutions à survenir en Ohio depuis que l'État a réinstauré la peine de mort en 1999. Il s'est écoulé presque 25 minutes entre le moment où les drogues létales ont été injectées et celui où le décès a été confirmé, à 10 h 53, heure locale.

Selon l'ancienne méthode, les exécutions duraient généralement beaucoup moins longtemps et ne causaient pas le genre de sons que McGuire a laissé sortir.

JoEllen Smith, une porte-parole des services correctionnels de l'Ohio, n'a pas commenté la façon dont l'exécution s'est déroulée, mais a indiqué qu'elle ferait l'objet d'une révision, comme c'est toujours le cas.

Les responsables de la prison ont injecté des doses intraveineuses de deux drogues, le midazolam, un sédatif, et l'hydromorphone, un médicament antidouleur, afin d'exécuter McGuire.

La méthode employée a été choisie après que les approvisionnements d'une drogue utilisée auparavant n'eurent pas été renouvelés parce que le fabricant a statué qu'elle ne pouvait plus servir lors d'exécutions.

Ce qui s'est avéré particulièrement inhabituel, jeudi, c'est le fait que McGuire était inerte sur la civière pendant les quelque cinq minutes après l'injection des drogues, suivi par un grognement soudain et plus de dix minutes de respirations irrégulières et de halètements. En temps normal, les mouvements surviennent au début et sont suivis d'une période d'inactivité.

«Oh, mon Dieu!», s'est exclamée sa fille, Amber McGuire, alors qu'elle assistait aux derniers moments de la vie de son père.

McGuire a été reconnu coupable du viol et du meurtre de Joy Stewart, une femme enceinte et nouvellement mariée. L'affaire remonte à 1989.

Le crime est demeuré irrésolu pendant dix mois jusqu'à ce que McGuire, déjà en prison pour une agression non reliée et désireux d'améliorer son sort, a déclaré à des enquêteurs qu'il était en possession d'informations privilégiées au sujet du meurtre. Mais ses tentatives d'inculper son beau-frère ont rapidement avorté, et il a été accusé du meurtre.

Plus de dix ans plus tard, des preuves d'ADN ont démontré la culpabilité de McGuire, et celui-ci a reconnu son geste dans une lettre adressée au gouverneur John Kasich, le mois dernier.

L'exécution réalisée jeudi mènera fort probablement à de nouvelles poursuites fédérales sur la méthode d'injection employée en Ohio. Cinq autres exécutions doivent avoir lieu dans l'État cette année, dont une prévue le 19 février.

La peine de mort continue de faire l'objet de débats aux États-Unis. En tout, 39 exécutions ont été réalisées l'année dernière, selon le Centre d'information de la peine de mort.