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16/01/2014 12:16 EST | Actualisé 18/03/2014 05:12 EDT

Une famille de réfugiés syriens réunie dans l'exil en Turquie

Ils sont une quinzaine, réunis dans l'exil à quelques kilomètres de la Syrie, du côté turc. Depuis près de deux ans, la famille Al-Masri regarde son pays sombrer dans une violence indicible.

Abou Ali a fui avec son épouse et leurs quatre enfants en mars 2012, après avoir entendu que des hommes fidèles au régime de Bachar al-Assad avaient poignardé à mort des dizaines de femmes et d'enfants dans son quartier de Homs (centre).

Cette semaine Abou Ammar, un proche, les a rejoints. Engagé avec les rebelles, il a quitté Al-Bab et passé la frontière après que sa brigade eut perdu un combat contre les jihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL).

La famille Al-Masri fait partie des quelque 9 millions de Syriens - plus d'un tiers de la population - déplacés par une guerre de plus en plus brutale et complexe, où les groupes rebelles anciennement alliés contre Assad se battent désormais entre eux.

Et alors que diplomates et politiques se réunissent la semaine prochaine en Suisse pour tenter de trouver une solution au conflit, les Al-Masri, eux, cherchent à boucler le budget de la semaine, dans leur petit appartement de Kilis, à quelques kilomètres de la frontière syrienne.

"Nous devons rentrer, mais nous ne le ferons pas tant que le régime (d'Assad) existera", explique Umm Ali, l'épouse d'Abou Ali, dont, comme pour le reste de la famille, le nom a été changé, car certains de leurs proches vivent encore en Syrie.

"Après ce que nous avons vu, c'est impossible".

'Ils tuaient les gens dans les hôpitaux'

Abou Ali se souvient avoir regardé les manifestants au printemps 2011, aux premiers jours d'une révolte encore pacifique, rapidement réprimée dans le sang.

"Ils tuaient les gens dans les hôpitaux", explique le père de famille, qui n'a jamais pris part aux manifestations. "Si un manifestant était blessé à la jambe, puis emmené à l'hôpital, quand sa famille arrivait pour réclamer le corps, ils le retrouvaient avec une balle dans la tête".

Le pire restait pourtant à venir. En mars 2012, les milices pro-régime chabbiha auraient abattu deux familles, dans le quartier d'Abou Ali, en majorité sunnite. A l'époque, un militant expliquait à l'AFP que 47 femmes et enfants avaient été poignardés à mort ou égorgés, que certaines femmes avaient été violées. Ces informations n'avaient pu être confirmées de sources indépendantes.

La famille d'Abou Ali a fait ses valises ce jour-là, pour un premier départ vers un autre quartier de Homs. Les quelques sunnites qui sont restés dans son quartier ont été tués et jetés dans la rue, où leur corps ont pourri au soleil, personne n'osant les enterrer, affirme l'homme.

Quand les combats se sont intensifiés près de son nouveau refuge, Abou Ali est parti au Liban. Mais il a dû rapidement repartir, car les loyers étaient trop élevés.

Depuis, il partage un 5 pièces à la frontière turque avec 16 autres personnes, et gagne environ 10 dollars par jour en travaillant dans un café.

Barils d'explosifs

Le dernier venu dans l'appartement, c'est Abou Ammar, 29 ans, le beau-frère de sa soeur. Les deux hommes ont quitté Homs en même temps, mais Abou Ammar est parti grossir les rangs de la rébellion armée.

Il y a deux semaines, il a rejoint les rebelles combattant les jihadistes de l'EIIL, un groupe lié à Al-Qaïda, leurs anciens alliés devenus ennemis à force d'exactions et de volonté d'hégémonie, selon eux.

Les premiers jours, l'EIIL a subi l'assaut. Puis petit à petit, la tendance s'est inversée, et les jihadistes ont assiégé Al-Bab et bombardé la ville.

Alors qu'Abou Ammar et les combattants tentaient de repousser l'attaque, des avions de l'armée ont lâché des barils d'explosifs.

"Vous n'imaginez pas combien de personnes étaient blessées. Tellement de gens sont morts", raconte-t-il, la voix hachée. "Un combattant est mort dans mes bras".

Quand sa brigade s'est retirée, son épouse et sa mère ont fui vers le nord, terrifiées de tomber sur un checkpoint de l'EIIL. "S'ils voient quelqu'un qu'ils pensent être de l'Armée syrienne libre (rebelles), ils le tuent immédiatement", explique l'ancien combattant.

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