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16/01/2014 05:21 EST | Actualisé 18/03/2014 05:12 EDT

Prêtres pédophiles: le Vatican sévèrement critiqué par un comité de l'ONU

GENÈVE - Le Vatican a été sévèrement critiqué par un comité de l'ONU, jeudi, pour sa gestion du scandale d'agressions sexuelles commises par des prêtres à travers le monde, faisant face aux remontrances publiques les plus sévères jusqu'à maintenant pour avoir protégé des prêtres pédophiles au détriment de leurs victimes.

Le Vatican a insisté pour dire qu'il avait peu de pouvoirs pour sanctionner les prêtres pédophiles à travers le monde, affirmant qu'il revenait aux autorités locales de le faire. Mais les responsables de l'Église ont admis qu'ils devaient en faire davantage compte tenu de l'ampleur du problème et du rôle que le Vatican joue dans la communauté internationale.

«Le Saint-Siège a compris», a déclaré monseigneur Charles Scicluna, anciennement chargé des enquêtes sur les crimes graves au Vatican, devant le comité. «Ne disons pas qu'il vaut mieux tard que jamais. Mais il y a certaines choses qui doivent être faites différemment.»

Il répondait aux critiques d'un comité de l'ONU chargé de se pencher sur l'incapacité du Vatican à respecter les termes de la Convention relative aux droits de l'enfant de l'ONU, qui appelle entre autres les signataires à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les enfants. Les critiques allèguent que l'Église a permis des milliers d'agressions sexuelles sur des enfants en encourageant la culture du secret pour protéger sa réputation.

Des groupes représentant des victimes des abus des prêtres ont salué la tenue de l'audience et le fait que le Vatican ait été forcé de se défendre publiquement pour la première fois. Mais Barbara Blaine, présidente du Réseau des survivants agressés par des prêtres aux États-Unis (SNAP), a estimé jeudi que les réponses du Vatican étaient «toujours les mêmes».

La scène, qui se déroulait dans une salle de conférence au siège des Nations unies à Genève, était remarquable selon les normes de l'organisation. Des membres du comité se sont émerveillés du fait qu'une entité aussi puissante que le Vatican soit forcée de s'expliquer devant un obscur comité de l'ONU sur les droits de la personne pour répondre à des questions inconfortables dans une salle bondée.

La principale enquêteuse du comité pour les droits de l'enfant de l'ONU, Sara Oviedo, a été particulièrement dure avec la délégation du Vatican, la pressant de questions sur les nombreux cas où des prêtres pédophiles ont été mutés dans d'autres fonctions plutôt que d'être remis à la police.

Compte tenu de la politique de «tolérance zéro» de l'Église, a-t-elle demandé, pourquoi y a-t-il eu «des efforts pour cacher et dissimuler ces cas»?

Une autre membre du comité, la psychologue italienne Maria Rita Parsi, est allée plus loin: «Si ces événements continuent d'être cachés et dissimulés, à quel point les enfants seront-ils affectés?».

Le comité a demandé au Saint-Siège de lui fournir des données sur l'ampleur du problème, sur les actions qui ont été faites pour le résoudre et ce que le pape François compte faire avec la nouvelle commission formée le mois dernier pour protéger les enfants des abus. Les membres du comité ont aussi posé des questions sur des cas spécifiques, notamment les accusations voulant que l'ambassadeur du Vatican en République dominicaine ait agressé sexuellement des garçons.

Le Vatican a longtemps martelé qu'il n'était pas responsable des prêtres pédophiles, affirmant qu'ils ne sont pas des employés du Vatican mais plutôt des membres de la grande communauté catholique mondiale, sur laquelle le Vatican n'exerce qu'un contrôle limité. Le Saint-Siège estime que ce sont les évêques qui sont responsables des prêtres, et non le pape.

«Les prêtres ne sont pas des fonctionnaires du Vatican», a déclaré l'archevêque Silvano Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège aux Nations Unies. «Les prêtres sont des citoyens de leur propre pays, et ils sont soumis à la juridiction de leur propre pays.»

Des groupes de défense des victimes ont toutefois fourni au comité des documents du Vatican montrant comment il a découragé des évêques de dénoncer les pédophiles à la police. Dans un cas devenu célèbre, un cardinal du Vatican a envoyé une directive aux évêques irlandais pour leur ordonner de retirer de leurs politiques internes l'obligation de dénoncer les agresseurs à la police.

Plusieurs groupes à travers le monde ont suivi attentivement le déroulement de l'audience.

«Je pense qu'il est temps que l'Église cesse sa culture du secret», a déclaré Teodoro Pulvirenti, un New-Yorkais agressé sexuellement par un prêtre. «Je crois que l'Église accorde trop d'importance à sa réputation plutôt qu'aux victimes (...) et c'est pourquoi j'ai été si enthousiaste quand j'ai entendu parler de cette réunion entre les représentants du Vatican et l'ONU.»