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16/01/2014 10:02 EST | Actualisé 18/03/2014 05:12 EDT

Pédophilie : le Vatican pour la première fois sommé de s'expliquer devant l'ONU

Le Vatican a, pour la première fois, été sommé jeudi de donner des explications devant l'ONU sur les mesures prises pour lutter contre la pédophilie, tandis que le pape François faisait part de sa "honte" face aux scandales dans l'Eglise.

Les représentants du Vatican ont fait face à un feu roulant de questions des experts du comité pour les droits de l'enfant de l'ONU, dont les recommandations (donc non obligatoires) seront publiées le 5 février.

Au même moment, le pape François disait que les scandales de pédophilie étaient "la honte de l'Eglise".

"Avons-nous honte ? Tant de scandales que je ne veux pas mentionner individuellement, mais que tout le monde connaît !", s'est exclamé François, pendant la messe matinale à la résidence Sainte-Marthe, dans une allusion transparente aux actes de pédophilie, mais aussi de corruption, commis par des membres du clergé catholique sur les cinq continents.

C'est au début des années 2000 aux Etats-Unis que les crimes, commis surtout dans les années 1960, 70 et 80, sur des milliers d'enfants par le clergé ont commencé à faire surface. Le scandale était double, parce que la haute hiérarchie a été accusée souvent d'avoir protégé les coupables, en les mutant, pour préserver la bonne réputation de l'institution.

Depuis, sous Benoît XVI, le Vatican a demandé pardon aux victimes. Des consignes de tolérance zéro ont été données aux évêques. La collaboration avec les autorités civiles a été recommandée. Mais les associations estiment qu'il ne s'agit que de bonnes paroles.

Le Saint-Siège a refusé en décembre de répondre à un questionnaire du comité de l'ONU envoyé en juillet concernant les dossiers de pédophilie.

Une fin de non-recevoir que les experts de l'ONU ont clairement rejetée jeudi.

"Pourquoi n'y a-t-il pas de déclarations obligatoires (de ceux qui sont au courant, ndlr) auprès des autorités judiciaires du pays où les crimes sont commis ? Prendre des mesures contre les responsables fait partie de la justice", a déclaré un des membres du comité, Hiranthi Wijemanne.

"Quelles modifications ont été apportées au code de conduite pour empêcher ces sévices sexuels ? Quelles sanctions ont été prises contre les membres du clergé ayant eu une conduite inadéquate ?", a demandé pour sa part une autre experte du comité, Sara Oviedo.

"Quelles mesures ont été prises pour affronter ce problème et changer la situation ? Qu'en est-il de la coopération avec les autorités locales ? Qu'en est-il des réparations pour les victimes ?", a-t-elle poursuivi.

"Nous savons que des progrès ont été faits", a-t-elle ajouté, sans toutefois les préciser.

Elle a également demandé à la délégation du Vatican de donner plus d'informations sur les membres et les objectifs de la Commission pour la protection des mineurs dont la création a été annoncée en décembre 2013.

"Le Saint-Siège encourage à la transparence"

Assaillie de questions, la délégation du Vatican n'a toutefois pas modifié sa position, défendant vigoureusement son action contre la pédophilie dans l'Eglise.

Le représentant du Vatican auprès des Nations unies à Genève, Mgr Silvano Tomasi, a répété à plusieurs reprises que ce qui se passait au Saint-Siège restait de la compétence du Vatican et que quand des individus ou établissements particuliers des Eglises nationales étaient impliqués, cela relevait des législations des pays où ils se trouvent.

"Le suivi des cas individuels est laissé aux églises locales car c'est là où se trouve le problème", a renchéri Mgr Charles Scicluna.

Mgr Tomasi a rappelé que le Vatican avait ratifié la Convention des droits de l'enfant en 1990, et ses protocoles - dont l'un concerne la pornographie impliquant des enfants - en 2000.

Il a en outre souligné, sans fournir de détails, que le Saint-Siège et les églises locales avaient mis au point des "directives" pour éviter les sévices sexuels, citant la Charte pour la protection des enfants et des jeunes adoptée par l'Eglise catholique américaine en 2005.

Tout cela n'a pas empêché les experts du comité de l'ONU, dont sa présidente Kristen Sandberg, de demander à plusieurs reprises des statistiques sur le nombre des victimes, les sanctions prises et les éventuelles réparations financières accordées.

Reconnaissant ne pas disposer de telles statistiques, Mgr Tomasi a indiqué qu'il allait présenter cette idée au Saint-Siège.

Il a par ailleurs rejeté les critiques faites par Benyam Mezmur, un autre membre du comité, qui a dénoncé "les politiques systématiques" mises en place "pour faire taire les victimes". Pour Mgr Tomasi, ces politiques font partie du passé : "assurément, ces dernières années, le Saint-Siège encourage à la transparence".

Dans ce débat sur la lutte contre la pédophilie dans l'Eglise, deux conceptions s'opposent : celle du Vatican qui juge qu'il n'est pas responsable d'actes commis dans les diocèses. Celle des associations de victimes qui considèrent que le Vatican devrait être tenu pour responsable pénalement des crimes de ses évêques et de ses prêtres.

"Rien n'a changé", a déploré la présidente de SNAP (Survivors Network of those Abused by Priests), Barbara Blaine.

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