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16/01/2014 11:56 EST | Actualisé 18/03/2014 05:12 EDT

Lev Tahor: la justice québécoise craignait des mariages forcés

Radio-Canada

Le juge québécois qui a ordonné le retour au Québec de 14 enfants de la secte juive Lev Tahor, qui a fui le Québec pour s'installer en Ontario, craignait que certaines des filles soient mariées à des hommes d'âge mûr, selon des informations obtenues à la suite de la levée de l'ordonnance de non-publication dans cette affaire.

Selon les informations qui ont été rendues publiques jeudi au palais de justice de Saint-Jérôme, le tribunal de la jeunesse estimait qu'il était urgent de ramener ces enfants au Québec afin de les placer sous la protection de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) pour des raisons de sécurité, pour leur santé mentale, mais aussi pour des questions d'hygiène.

La Sûreté du Québec craignait l'organisation d'un suicide collectif, se basant sur des informations transmises par une travailleuse sociale à qui un ancien membre de la secte s'était confié.

Selon les croyances de la secte Lev Tahor, les jeunes femmes n'ont pas le droit de retirer leurs chaussettes. Ce n'est en effet pas considéré comme modeste pour une femme de montrer ses pieds nus. Les jeunes femmes gardent donc leurs chaussettes en tout temps, ce qui a causé, selon le tribunal, d'importants problèmes de santé qui n'étaient pas traités.

Le juge qui a émis l'ordonnance pour que les enfants reviennent au Québec craignait aussi qu'au moins trois adolescentes de 14 ans de la secte ne soient mariées de force à des hommes d'âge mûr. Qui plus est, souligne le tribunal, l'âge légal du mariage au Québec n'est pas de 14 ans.

Le tribunal avait également noté que les enfants de la secte sont élevés et éduqués en totale autarcie, dans la peur de l'autre et de tous ceux qui ne sont pas juifs.

L'emprise psychologique du gourou et de ses enseignements serait telle que les enfants ont même peur de regarder la photo d'une personne qui n'est pas juive.

Le tribunal québécois de la jeunesse a émis cette ordonnance de rapatriement après la fuite, en novembre dernier, des membres de la secte Lev Tahor de Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides, dans le sud-ouest de l'Ontario, près de Windsor. La secte juive ultra-orthodoxe était l'objet d'une enquête de la direction de la protection de la jeunesse du Québec.

Les 14 enfants visés par l'ordonnance du tribunal de la jeunesse du Québec sont toujours en Ontario, où la secte a « trouvé refuge ».

Un juge ontarien doit maintenant décider s'il peut homologuer la décision du tribunal québécois et ordonner que les 14 enfants soient rapatriés au Québec ou bien si l'affaire doit être confiée aux services ontariens de protection de l'enfance qui devront constituer leur propre dossier.