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16/01/2014 11:50 EST | Actualisé 18/03/2014 05:12 EDT

Le président équato-guinéen Teodoro Obiang condamné pour poursuites abusives contre France 5

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné jeudi pour poursuites abusives le président de Guinée équatoriale Teodoro Obiang qui avait attaqué en diffamation des journalistes et la télévision France 5 qui l'avaient présenté comme un "dictateur corrompu".

M. Obiang a été condamné à verser 1.000 euros à Rémy Pflimlin, président de France télévision, et 1.500 euros aux journalistes Axel de Tarlé et Marie Lorand au titre des dommages-intérêts.

Pour le tribunal, la procédure intentée par le président de Guinée équatoriale était abusive en raison notamment de la nature des propos visés, qui relèvent de "la libre expression des journalistes dans une société démocratique" et de la personnalité de la partie civile qui, en tant que chef de l'État, "doit souffrir la critique et la contestation" et "est en mesure d'y répliquer publiquement".

Au détour d'un numéro de "C dans l'air" consacré à la Côte-d'Ivoire le 27 décembre 2010, M. Obiang, qui dirige d'une main de fer la Guinée équatoriale, petit pays pétrolier d'Afrique centrale, était mentionné dans un "point sur les dictateurs africains".

"L'un des plus corrompus est, sans doute, le président de la Guinée équatoriale, l'État confetti bourré de pétrole. Au pouvoir depuis 31 ans, il est plus fortuné que la reine d'Angleterre mais cela n'aura pas suffi à polir son image. A coups de millions de dollars, Teodoro Obiang avait voulu créer un prix scientifique à son nom par l'intermédiaire de l'Unesco", poursuivait le reportage.

L'avocat du chef d'État, Anthonin Lévy, avait constaté que selon la jurisprudence, le terme de dictateur n'est "pas assez précis pour faire l'objet d'un débat probatoire".

Néanmoins, il avait jugé l'insinuation de la deuxième phrase poursuivie d'une "immense perfidie". Dans le passage de 35 secondes consacré à M. Obiang, "on choisit sur une question complexe de simples déclarations à l'emporte-pièce", fausses selon lui.

Les avocats des prévenus avaient plaidé la relaxe. Le terme de dictateur "relève du seul jugement de valeur", a fait valoir Me Claire Chaillou.

Teodoro Obiang "envoie sur les bancs de l'infamie des gens qui ne méritent pas d'y être", a plaidé Me Olivier Baratelli, réclamant 10.000 euros pour procédure abusive.

"Obiang serait victime d'un complot mondial" comprenant les pays démocratiques, la presse, l'ONU, les associations humanitaires, a ironisé l'avocat de France Télévisions, Eric Andrieu, estimant que le plaignant cherchait à obtenir du tribunal "un brevet de respectabilité".

La Guinée équatoriale est devenue le troisième producteur de pétrole subsaharien mais la majorité de la population de 700.000 habitants vit encore dans une grande pauvreté.

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