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16/01/2014 09:43 EST | Actualisé 18/03/2014 05:12 EDT

Grèce : une oreille sectionnée par morsure, soupçon d'attaque raciste

La justice grecque a ouvert une enquête sur l'agression, potentiellement raciste, dont a été victime un Iranien de 34 ans qui a eu l'oreille arrachée en octobre dans le centre d'Athènes, a-t-on appris jeudi de source judiciaire.

Les investigations ont été ordonnées par un magistrat spécialisé dans les violences et crimes racistes après la parution ces derniers jours dans la presse du témoignage de "Saïd", un migrant sans-papiers originaire d'Iran qui raconte comment il a été agressé en octobre dans la capitale grecque.

"Il y a deux mois environ, sur la place Metaxourghio à Athènes, je marchais dans la rue en parlant au téléphone quand trois hommes habillés en noir m'ont attaqué. Ils m'ont frappé", explique le jeune homme dont le récit est également visible sur internet dans une vidéo tournée par l'antenne grecque de Médecins du monde(MdM).

"Ensuite l'un d'eux m'a mis le bras autour du cou pour me faire une clef et m'a sectionné l'oreille avec ses dents", poursuit la victime.

Dans les dernières images de la vidéo, il découvre son oreille mutilée, après avoir raconté qu'un ami avait ramassé le morceau sectionné qui n'avait malheureusement pu être sauvé par les médecins.

Saïd s'est ensuite adressé à l'organisation Médecins du monde, habituée à prendre en charge les étrangers victimes d'agressions qui se sont multipliées avec la montée en puissance du parti néonazi Aube dorée depuis 2011 en Grèce.

Depuis fin septembre, après le meurtre d'un musicien antifasciste par un membre de ce parti, une offensive judiciaire est menée contre Aube dorée par les autorités grecques longtemps accusées d'indulgence vis-à-vis des exactions reprochées à ce parti.

"Nous n'avions pas publié ce témoignage à l'époque des faits pour ne pas jeter de l'huile sur le feu et laisser dire que nous voulions influencer la procédure judiciaire", a expliqué à l'AFP Nikitas Kanakis, président de MdM Grèce.

M. Kanakis indique toutefois que les agressions à caractère raciste "ont beaucoup baissé" en Grèce ces derniers temps dans le contexte des investigations contre Aube dorée.

Jeudi, la presse grecque a de nouveau publié de larges extraits de l'instruction en cours, consistant notamment en des séries de photos où les membres du parti exhibent des armes lors de leurs réunions militantes.

Six députés d'Aube dorée sur 18, dont le chef du mouvement Nikos Michaloliakos, sont actuellement en détention provisoire pour participation ou direction "d'entreprise criminelle" et trois autres sont mis en examen sous contrôle judiciaire.

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