NOUVELLES
16/01/2014 06:26 EST | Actualisé 18/03/2014 05:12 EDT

France: une famille se déchire sur la fin de vie d'un des siens, la justice appelée à trancher

Un tribunal français devait se prononcer jeudi sur le sort d'un homme de 38 ans plongé depuis cinq ans dans un état de conscience minimale, dont les parents s'opposent à l'arrêt des soins (euthanasie passive) décidé par les médecins en accord avec sa femme.

Cette affaire intervient en plein débat sur l'euthanasie en France, alors que le président François Hollande a réaffirmé mardi sa volonté de voir adopter une loi permettant "dans un cadre strict", à une personne atteinte d'une maladie incurable de demander une "assistance médicalisée pour terminer sa vie en dignité".

La société française semble prête à cette réforme déjà mise en oeuvre dans plusieurs pays européens: selon un récent sondage, 92% des Français y sont favorables.

En revanche, les évêques catholiques ont réaffirmé jeudi leur opposition tant à l'acharnement thérapeutique qu'à l'euthanasie, assimilée à "l'acte de tuer".

Les médecins de l'hôpital de Reims (est) qui s'occupent de Vincent Lambert, rendu tétraplégique et en état de conscience minimal sans espoir de récupération depuis un accident de la route, ont estimé ne pas avoir besoin d'une nouvelle loi pour arrêter les soins (nutrition et hydratation artificielles) qui le maintiennent en vie.

Depuis 2005 en effet, il leur est permis d'interrompre ou ne pas mettre en oeuvre des traitements inutiles ou disproportionnés, et dont le seul but est le maintien artificiel de la vie.

L'épouse du jeune homme a donné son accord au choix des médecins, mais les parents, des catholiques traditionalistes, ont saisi la justice pour s'y opposer.

Mercredi, la famille de Vincent Lambert s'est déchirée devant le tribunal administratif de Chalons-en-Champagne qui examinait le dossier, les frères et soeurs du jeune homme ayant rejoint l'un ou l'autre camp.

"Vincent est handicapé, il n'est pas atteint d'un mal incurable, il n'est pas en fin de vie sauf si on lui retire son alimentation et son hydratation", et la loi de 2005 ne peut s'appliquer à son cas, a expliqué au tribunal Jérôme Triomphe, l'avocat des parents.

Le rapporteur public (magistrat chargé d'exposer le dossier devant le tribunal) a aussi préconisé le maintien de ces soins, estimant "que le patient est dans état irréversible mais que sa conscience existe et qu'il est impossible de juger du sens de sa vie".

"Obstination déraisonnable"

L'état "pauci-relationnel", un état de conscience minimale, permet une certaine interaction avec l'environnement, par la vue notamment, sans pour autant que l'on puisse savoir si le sujet intègre correctement les informations sensorielles.

Depuis le début de l'année 2013, le malade avait multiplié, d'après les médecins, des comportements d'opposition aux soins, "faisant suspecter un refus de vivre".

En avril 2013, un premier protocole de fin de vie avait déjà été engagé avec l'accord de son épouse mais sans consulter les parents, qui avaient saisi la justice et obtenu la reprise des soins.

L'avocate de l'hôpital a insisté sur "l'obstination déraisonnable" que représente la continuation des soins "vu l'état de Vincent qui n'a pas de conscience au sens de la médecine et aucune vie relationnelle". "C'est au médecin seul que revient la décision", a précisé Me Catherine Weber-Seban.

A l'audience, Rachel Lambert, son épouse, qui se rend quasi quotidiennement à son chevet, a plusieurs fois fondu en larmes, prostrée auprès de ses avocats.

"Vincent avait dit clairement qu'il n'aurait pas voulu vivre comme ça. Il était infirmier : il l'a dit à sa femme, à son frère, il connaissait ce genre de cas", a déclaré jeudi à la radio Europe 1 François Lambert, neveu de Vincent.

Quelle que soit la décision rendue jeudi, un recours est susceptible d'être déposé par une des parties devant le Conseil d'Etat, la plus haute juridiction administrative.

Plusieurs cas médiatisés ont fait avancer le débat sur l'euthanasie en France: en 2003, Marie Humbert, avec l'aide d'un médecin, avait accédé à la demande de mourir de son fils, devenu tétraplégique à la suite d'un accident. En 2008, Chantal Sébire s'était suicidée aux barbituriques après avoir demandé en vain "le droit de mourir dignement". En décembre, la porte-parole du parti écologiste Sandrine Rousseau avait raconté les conditions épouvantables de la mort de sa mère, contrainte au suicide faute d'une loi sur l'euthanasie.

aj/ngu/nou/prh/ros