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16/01/2014 03:20 EST | Actualisé 17/03/2014 05:12 EDT

Egypte: le oui donné gagnant au référendum en forme de plébiscite pour le chef de l'armée

Le oui au référendum constitutionnel en Egypte devrait sans surprise remporter une écrasante majorité, les nouvelles autorités y voyant jeudi une caution populaire à la destitution il y a six mois du président islamiste Mohamed Morsi par l'armée.

Jeudi soir, la présidence a fait état d'une "forte participation" lors du scrutin de mardi et mercredi et a évoqué dans un communiqué "une belle journée pour l'Egypte et la démocratie", sans pour autant donner de taux de participation.

Le porte-parole du gouvernement, Hani Salah, avait indiqué mercredi à l'AFP que les autorités espéraient "une participation de plus de 50%".

Selon l'agence officielle Mena, la participation a été de 39% dans 20 des 27 provinces du pays, dont les plus peuplées comme celle du Caire.

Le quotidien gouvernemental Al-Ahram avait auparavant affirmé que le oui atteignait "90%". La Constitution élaborée sous Mohamed Morsi en 2012 avait recueilli 64% de oui, mais seuls 33% des électeurs s'étaient déplacés.

Les résultats définitifs sont attendus d'ici samedi soir.

Ce référendum sur la nouvelle Constitution, une révision sans changement majeur de la précédente, s'apparente surtout à un plébiscite pour le très populaire nouvel homme fort du pays, le général Abdel Fattah al-Sissi qui a annoncé qu'il se présenterait à la présidentielle si "le peuple le réclame".

Lorsqu'il a annoncé le 3 juillet l'éviction de Mohamed Morsi, il a assuré répondre au souhait de millions de manifestants ayant réclamé son départ le 30 juin, mais les pro-Morsi --réprimés dans le sang-- l'accusent d'avoir mené un "coup d'Etat".

Le scrutin de mardi et mercredi, par lequel les nouvelles autorités cherchent à obtenir une caution populaire selon les experts, est "aussi un référendum sur le 30 juin", a estimé Hani Salah.

Evoquant l'influente confrérie de M. Morsi, désormais déclarée "terroriste", M. Salah a lancé: "Nous sommes décidés à avancer qu'ils le veuillent ou non. Ils vivent dans un monde virtuel. Dans la vraie vie, il n'y a pas de retour en arrière possible".

Toutefois, la coalition pro-Morsi --visée par une répression qui a fait plus de 1.000 morts et des milliers d'arrestations-- a dénoncé, jeudi encore, la "mascarade" du référendum, et appelé à de nouvelles manifestations.

Les anti-Morsi ayant appelé à boycotter le référendum, aucune campagne n'a été menée pour le non.

Un étudiant tué au Caire

Transparency International a d'ailleurs accusé les responsables gouvernementaux d'avoir "ouvertement encouragé à voter pour" le texte et a dénoncé une "couverture orientée" des médias, quasi-unanimement rangés derrière les nouvelles autorités.

En outre, poursuit l'ONG, "le gouvernement a harcelé, arrêté et poursuivi ceux qui critiquaient (le texte) pacifiquement, verrouillant l'espace démocratique".

Jeudi, la presse saluait la première étape de la "transition démocratique" promise par les militaires, qui doit s'achever avec des législatives et une présidentielle en 2014.

A l'approche de ces échéances, le chef de l'armée, également vice-Premier ministre et ministre de la Défense, n'a d'ailleurs pas caché ses intentions: trois jours avant le référendum, il a promis de se présenter à la magistrature suprême "si le peuple le réclame", tout en appelant à voter massivement pour le oui.

Dans les bureaux de vote, la quasi-totalité des électeurs interrogés par l'AFP affichaient leur intention de voter "pour le général Sissi" et "contre les Frères musulmans", qui avaient remporté toutes les élections depuis la révolte de 2011.

Durant les deux jours, plus de 450 personnes ont été arrêtées pour avoir "perturbé les opérations de vote". Mardi, neuf personnes ont péri en marge de manifestations pro-Morsi, tandis qu'une bombe de faible puissance a explosé au Caire. Jeudi, de nouveaux heurts ont fait un mort, un étudiant, près de l'Université du Caire.

Washington a appelé à un référendum "transparent", mais déjà, une clause qui doit être votée cette semaine au Congrès autorise le versement de près d'un milliard de dollars à l'Egypte, une aide essentiellement militaire qui avait été partiellement suspendue après le 3 juillet.

Le projet de Constitution a été débarrassé de clauses ouvrant la voie à une islamisation de la loi, mais ne modifie que très marginalement les pouvoirs institutionnels et renforce encore un peu plus le poids de l'armée dans la vie politique.

bur-sbh/cbo/fcc