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16/01/2014 11:33 EST | Actualisé 18/03/2014 05:12 EDT

Des soldats ougandais engagés avec l'armée sud-soudanaise

L'Ouganda a confirmé que ses soldats combattaient aux côtés de l'armée du Soudan du Sud contre la rébellion, un engagement qui complique la médiation en cours pour trouver une solution après plus d'un mois de conflit meurtrier.

Les pourparlers entre les partisans du président sud-soudanais Salva Kiir et ceux de son rival, l'ancien vice-président Riek Machar limogé en juillet, n'avançaient pas jeudi dans la capitale éthiopienne, alors que peu d'éléments nouveaux étaient disponibles sur les combats.

Le délégué gouvernemental Nhial Deng Nhial est rentré à Juba, qualifiant les discussions d'Addis Abeba de "dures".

L'Ouganda joue un rôle majeur dans les négociations en tant que membre de l'Igad, organisation de pays de l'Afrique de l'Est qui les chapeaute.

Mais son président, Yoweri Museveni, a reconnu publiquement pour la première fois que des soldats ougandais combattaient - et avaient subi des pertes - aux côtés de l'armée gouvernementale, la SPLA.

"Au cours de la seule journée du 13 janvier, la SPLA et des soldats de notre contingent ont mené de durs combats avec les troupes rebelles à environ 90 km de Juba, et nos troupes leur ont infligé une sévère défaite", a-t-il déclaré mercredi soir lors d'un sommet régional à Luanda.

"Malheureusement, beaucoup de rebelles ont été tués. Nous avons également déploré des blessés et quelques morts", a-t-il ajouté.

L'Ouganda a déployé des troupes au Soudan du Sud mi-décembre pour évacuer des citoyens ougandais et aider le président Salva Kiir, mais Kampala était resté vague sur les opérations.

Selon un document confidentiel du ministère kényan des Affaires étrangères, consulté par l'AFP, M. Machar a affirmé que des avions ougandais avaient tenté de bombarder l'endroit où il se cache, dans l'Etat de Jonglei (est).

Le document avertit que la présence de forces étrangères, qui incluraient des rebelles venus du Darfour, une province du Soudan, risque de "faire dérailler le processus" de négociations, M. Machar notant que "la crédibilité de l'Igad en qualité de médiateur dans le conflit est en question".

Le conflit, qui a déjà fait des milliers de morts et forcé 400.000 civils à fuir, se double d'affrontements entre ethnies, opposant les Dinka du président Kiir et les Nuer de son rival Riek Machar.

"Crimes effarants"

Dans un rapport, Human Rights Watch écrit jeudi que "des crimes effarants ont été commis contre des civils pour la seule raison de leur appartenance ethnique".

L'ONG détaille des "tueries généralisées", dont le massacre le 16 décembre à Juba, la capitale, de 200 à 300 hommes, tués par les forces de sécurité gouvernementales qui ont "tiré systématiquement" sur des Nuer enfermés dans un local.

Elle a également réuni des données sur "le ciblage et le meurtre de civils de l'ethnie dinka par les forces de l'opposition dans d'autres parties du pays".

D'autres informations citent des meurtres ciblés, dont ceux d'enfants.

"Ils ont fait sortir cinq de mes voisins et les ont abattus dans la rue", a déclaré un maçon de Juba, âgé de 42 ans, rapportant des meurtres au début du conflit.

"Nous avons couru, les soldats ont crié +stop+, nous avons refusé et ils nous ont tiré dessus. Je me suis arrêté pour ramasser mon fils, mais il était lourd et mort. Quand ils sont arrivés vers lui, ils lui ont de nouveau tiré dessus".

HRW, évoquant crimes de guerre et crimes contre l'humanité, appelle à une enquête internationale.

Le ministre de l'Information Michael Makui a assuré que l'armée "contrôlait totalement la ville de Malakal", principale agglomération de l'Etat pétrolier du Haut-Nil, contre laquelle les rebelles ont lancé un assaut en début de semaine.

"Quand à Bor, nous progressons en sa direction", a-t-il ajouté à propos de la capitale de l'Etat du Jonglei (200 km au nord de Juba), que les soldats gouvernementaux tentent de reprendre depuis des jours aux rebelles.

Paradoxalement, les revenus pétroliers du Soudan du Sud, essentiels pour l'économie du pays, ont augmenté ces dernières semaines malgré les combats, a indiqué jeudi le Soudan. Le Soudan du Sud verse des taxes au Soudan pour permettre l'exportation de son pétrole via les oléoducs du Nord, ce qui explique que Khartoum connaisse les niveaux d'exportations du Sud.

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