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16/01/2014 11:16 EST | Actualisé 18/03/2014 05:12 EDT

Bouteflika rentré de Paris à temps pour convoquer le corps électoral

Le chef de l'Etat algérien Abdelaziz Bouteflika est rentré jeudi à Alger après avoir subi à Paris des examens montrant une "nette amélioration" de sa santé, juste avant la date butoir pour convoquer le corps électoral en vue de la présidentielle d'avril.

M. Bouteflika, 76 ans, parti lundi pour des examens à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris, n'a pas encore annoncé s'il était candidat à l'élection présidentielle.

L'agence APS avait annoncé mardi, citant la présidence, qu'il était parti la veille à Paris pour "un contrôle de routine" de son état de santé qui s'améliorait "sûrement" et de "façon progressive".

M. Bouteflika est rentré jeudi à Alger et ses examens médicaux à Paris ont montré "une nette amélioration" de sa santé, a indiqué l'agence.

Le président avait passé 80 jours en France à partir du 27 avril 2013 pour les suites d'un AVC, d'abord au Val-de-Grâce puis à l'Institution nationale des Invalides, spécialisée dans la prise en charge notamment du grand handicap.

Déjà hospitalisé à Paris en 2005 pour un ulcère hémorragique de l'estomac, il avait alors déclaré avoir survécu "miraculeusement".

Le dernier délai pour convoquer le corps électoral, à la suite duquel 90 jours plus tard le scrutin devra se tenir, est le dimanche 19 janvier, selon l'avocat Mokrane Aït-Larbi. L'explication, selon lui, tient au fait que le président avait entamé son troisième mandat le 19 avril 2009.

La presse avait jusque-là retenu le vendredi 17, tel qu'indiqué par l'agence nationale APS.

M. Bouteflika, qui détient le record de longévité à la présidence de l'Algérie avec 14 ans de pouvoir, n'a toujours pas annoncé s'il briguera un 4e mandat. Il peut le faire jusqu'à 45 jours avant la date du scrutin.

Ce suspense bloque le processus politique alors qu'une quinzaine de personnalités ont déjà annoncé leur candidature. Parmi elles, celle de son ancien Premier ministre Ali Benflis qui devrait être confirmée dimanche. Les analystes algériens disent que le chef de l'Etat ne lui a jamais pardonné d'avoir été candidat contre lui en 2004, et M. Benflis s'était ensuite retiré de la scène politique.

Après avoir suscité de la stupeur, le départ à Paris de M. Bouteflika a provoqué des critiques.

Le porte-parole du parti du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD, opposition laïque) Atmane Mazouz y a vu une nouvelle preuve de "son incapacité à accomplir le minimum de ses fonctions" et a appelé "à la déclaration de l'état d'empêchement, comme le stipule l'article 88 de la Constitution", alors que son parti boycotte l'actuel Parlement.

La question du certificat médical

Cet article, invoqué dès avril 2013, nécessite deux-tiers des voix des élus pour être adopté. Or, le Parlement est dominé par le Front de Libération nationale (FLN, 221 sièges sur 462), le parti de M. Bouteflika qui l'a déjà désigné comme candidat à la prochaine présidentielle.

"Il est inimaginable qu'il se présente. Tout le monde sait qu'il est malade", s'insurgeait Abderrazak Makri, chef du Mouvement social pour la Paix (MSP, opposition proche des Frères musulmans), dans une déclaration à l'AFP. "Les gens ne parlent que de sa maladie, alors qu'ailleurs les gens parlent de l'action d'un président, de son bilan", poursuit-il.

En fait, juge un expert des méandres de la politique algérienne, tout vise à préparer Bouteflika à un 4e mandat. "Nous sommes dans une démarche de politique de la terre brûlée mais sans la violence", juge-t-il.

"Bouteflika est parti en France se faire faire un certificat médical qui rend caduques toutes les autres velléités politiques", affirme cet observateur qui a requis l'anonymat.

Car, souligne le quotidien privé arabophone El-Khabar, "la question du certificat médical va se poser de façon plus pertinente pour une raison très simple: l'état de santé du président est plus précaire. Il ne peut même pas faire entendre sa voix ou se mettre debout", juge le commentateur.

Le ministre de la Justice Tayeb Louh, un proche du président, a tenu à rassurer mercredi: "Les préparatifs de l'élection présidentielle se déroulent normalement".

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