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16/01/2014 10:31 EST | Actualisé 18/03/2014 05:12 EDT

Attentat Hariri : le procès s'ouvre sur fond de violences au Liban

Le procès de quatre membres du Hezbollah accusés de l'assassinat en 2005 de l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri s'est ouvert jeudi à La Haye, en leur absence, mais ses enjeux sont éclipsés par les violences qui secouent le pays du Cèdre.

L'audience s'est ouverte quelques heures après qu'un autre attentat à la bombe a fait trois morts dans un fief du Hezbollah proche de la frontière syrienne.

"Nous allons procéder comme si les accusés étaient présents et avaient plaidé non coupables", a déclaré le juge David Re à l'ouverture de l'audience publique devant le Tribunal spécial pour le Liban, le seul tribunal pénal international pouvant juger des actes de terrorisme.

L'attentat contre Rafic Hariri a tué "des passants innocents, un père, un frère, une fille, des amis, une étudiante", a ensuite assuré le procureur Norman Farrell.

Le but des auteurs de l'attentat "était de répandre la panique et la terreur à Beyrouth et au Liban", a-t-il ajouté : "la force de l'explosion a été telle que M. Hariri a été projeté hors de sa voiture".

Rafic Hariri a été tué le 14 février 2005 par l'explosion d'une camionnette piégée sur le front de mer de Beyrouth au moment où il se rendait à son domicile à bord d'un véhicule blindé. L'explosion, équivalente à celle de 2,5 tonnes de TNT, avait fait 22 autres morts et 226 blessés.

L'attentat contre le milliardaire avait conduit au départ des troupes syriennes du Liban, sous leur joug pendant près de 30 ans.

Le fils de Rafic Hariri, Saad, était présent à l'audience dans la matinée. Il a assuré à la presse avoir "longtemps attendu" ce procès, qui s'est ouvert neuf ans après la mort de son père.

"Ces 50 dernières années, nous avons eu assassinats après assassinats, sans justice, et l'impunité était la norme : aujourd'hui, il existe une chance que la justice soit enfin rendue au Liban", a-t-il déclaré ensuite dans un entretien avec l'AFP.

"Je suis contre tout acte qui a une empreinte terroriste, que cela soit contre nous ou contre le Hezbollah, ou d'autres partis politiques", a ajouté celui qui a été lui-même Premier ministre de 2009 à 2011.

Le procureur, soulignant que "tout le monde au Liban a été affecté, directement ou indirectement, par l'attaque", a montré de nombreuses photos et des images de caméras de surveillance prises juste après l'explosion.

"L'angoisse et l'horreur inscrites sur les visages de ceux présents (...) dit tout sur la souffrance humaine infligée par l'explosion", a également assuré Alexander Milne, du bureau du procureur.

Des relevés de communications comme preuves

Le TSL, créé en 2007 par le Conseil de sécurité des Nations unies, doit composer avec l'absence de ses accusés, toujours en fuite malgré des mandats d'arrêt internationaux.

Selon l'accusation, Mustafa Badreddine, 52 ans, et Salim Ayyash, 50 ans, ont préparé et exécuté l'attentat.

Hussein Oneissi, 39 ans, et Assad Sabra, 37 ans, sont accusés d'avoir fait parvenir à la chaîne d'information télévisée Al-Jazeera une fausse cassette vidéo pour revendiquer le crime au nom d'un groupe fictif.

L'inculpation d'un cinquième suspect, Habib Merhi, a été annoncée le 10 octobre.

L'accusation entend prouver la culpabilité des accusés grâce à des relevés des communications entre téléphones portables qui leur auraient appartenu.

Graeme Cameron, du bureau du procureur, a expliqué aux juges comment ont été achetés et utilisés les différents téléphones dont se servaient les accusés pour communiquer.

En particulier, huit téléphones faisant partie d'un réseau "rouge" ont cessé de communiquer entre eux quelques secondes avant l'explosion.

Pour le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, il est "essentiel de combattre l'impunité pour une sécurité et une stabilité sur le long terme au Liban", a indiqué son porte-parole dans un communiqué.

Entré en service en 2009, le TSL est source de tensions entre le parti chiite Hezbollah, soutenu par Damas, et ses rivaux de la coalition dite du 14-Mars, pro-occidentale et créee en réaction à l'assassinat du sunnite Hariri.

La question du soutien au TSL avait même entraîné la chute du gouvernement de Saad Hariri, en janvier 2011. Le Hezbollah a exclu la remise des suspects.

Les tensions au sujet du TSL ont pourtant été éclipsées dernièrement par des violences exacerbées par la guerre qui sévit en Syrie depuis trois ans : le Hezbollah a de fait ouvertement pris parti pour le régime de Bachar al-Assad tandis que la coalition du 14-Mars est antisyrienne.

Le clan Hariri a récemment assuré que les responsables de la mort de Rafic étaient également responsables de la mort de Mohammed Chatah, ancien ministre des Finances et un des personnages-clés de la coalition du 14-Mars, assassiné le 27 décembre 2013 .

Jeudi matin, trois personnes ont été tuées et une trentaine blessées par l'explosion d'une voiture piégée dans un fief du Hezbollah chiite dans l'est du Liban, selon une source médicale.

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