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15/01/2014 09:43 EST | Actualisé 17/03/2014 05:12 EDT

Soudan du Sud : combats de rue à Malakal, le conflit entre dans son deuxième mois

D'intenses combats de rues se poursuivaient mercredi entre l'armée et les rebelles sud-soudanais dans la ville stratégique pétrolière de Malakal, située sur les rivages du Nil blanc, alors que le conflit dans le jeune pays entrait dans son deuxième mois.

Les affrontements pour le contrôle de cette cité stratégique, capitale de l'Etat du Haut-Nil (nord-est), semblent être parmi les plus intenses depuis que les combats ont débuté au Soudan du Sud, le 15 décembre.

"Il y a des combats intenses à Malakal", a confirmé le porte-parole de l'armée, Philip Aguer. Selon lui, les rebelles menés par l'ancien vice-président Riek Machar, contrairement à ce qu'ils disent, ne contrôlent pas la capitale régionale.

Ils avaient lancé une nouvelle attaque mardi pour tenter de s'emparer de la ville, qui a déjà changé de mains deux fois depuis mi-décembre.

Selon l'ONU, qui a évoqué des batailles de chars, certains des 20.000 civils réfugiés dans le complexe local des Casques bleus ont été blessés par des balles perdues. La mission onusienne a précisé soigner des "dizaines de patients".

Médecins sans frontières a de son côté indiqué avoir soigné 116 personnes blessées par balle dans le Haut-Nil, tout en expliquant que les récents combats à Malakal "limitaient" son accès aux déplacés de la région.

Selon des sources humanitaires et des analystes, ce conflit, parti d'une rivalité entre le président Salva Kiir et son ex-vice-président limogé en juillet, pourrait avoir déjà fait 10.000 morts, dont au moins 200 civils noyés dans le naufrage du bateau sur lequel ils fuyaient les combats à Malakal.

Quant aux déplacés, les Nations unies les estiment à 400.000, dont des dizaines de milliers ont trouvé refuge dans des pays voisins, notamment en Ouganda. Nombre d'habitants fuient des affrontements à caractère ethnique opposant la tribu dinka du président Salva Kiir aux Nuer de son rival Riek Machar.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a aussi accusé l'armée et les rebelles de voler des "stocks de nourriture et autres matériels humanitaires". Le Programme alimentaire mondial des Nations unies a affirmé qu'au moins 10% de ses stocks avaient été pillés, l'équivalent d'un mois d'aide alimentaire pour 180.000 personnes.

L'armée sud-soudanaise essayait également toujours mercredi de reprendre la ville de Bor, capitale de l'Etat chroniquement instable du Jonglei (est).

Philip Aguer a répété ce qu'il affirme depuis une semaine: les troupes sud-soudanaises "marchent sur Bor".

Dans cette zone, "la ligne de front est pour l'instant calme ce matin, mais des heurts peuvent éclater à n'importe quel moment", a-t-il estimé.

Une trêve laborieuse

Parallèlement aux combats, les deux parties tentent depuis 10 jours de s'entendre sur l'instauration d'un cessez-le-feu.

Elles discutent dans la capitale éthiopienne Addis Abeba sous l'égide de pays d'Afrique de l'Est, mais les pourparlers butent notamment sur la question de la libération de 11 personnes proches de Riek Machar, emprisonnées au début des combats.

Mardi soir, le ministre sud-soudanais de l'Information, Michael Makuei, était optimiste sur la possibilité que les deux parties "se mettent d'accord sur la fin des hostilités", mais les rebelles insistent toujours sur le fait que la libération des détenus et le cessez-le-feu sont indissociables.

Le gouvernement de Juba martèle depuis le début que ces détenus doivent être jugés. Salva Kiir accuse Riek Machar et ses alliés de tentative de coup d'Etat, ce que ces derniers démentent.

Dans un communiqué diffusé mercredi, Salva Kiir a appelé ses concitoyens à rester unis "dans ce moment sombre", promettant de "vaincre à jamais les rebelles".

La communauté internationale est mobilisée au-delà des pays de la région pour tenter de sortir de la crise la jeune nation, indépendante du Soudan depuis juillet 2011.

Lundi, le Premier ministre japonais Shinzo Abe, en visite officielle en Ethiopie, avait appelé à un rapide cessez-le-feu. Le Japon a des Casques bleus déployés au Soudan du Sud.

L'ambassadeur de Chine à Addis Abeba, Xie Xiaoyan, a exprimé le même voeu mercredi matin. Pékin possède d'importants intérêts dans le secteur pétrolier sud-soudanais.

"Nous voulons la paix et la stabilité dans la région, nous voulons un cessez-le-feu immédiat et l'arrêt des violences, nous voulons le début d'un dialogue", a affirmé le diplomate chinois devant des journalistes.

L'Ouganda, qui a déployé des troupes au Soudan du Sud, officiellement pour évacuer ses ressortissants, a décidé mardi d'encore renforcer sa présence militaire. Cette présence est controversée, les rebelles accusant Kampala de prendre clairement partie pour le camp du président Kiir.

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