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15/01/2014 12:49 EST | Actualisé 16/03/2014 05:12 EDT

Marchionne, l'anticonformiste qui rêve Fiat en champion mondial

Sergio Marchionne, le charismatique et atypique patron de Fiat, a été accueilli en héros au salon de Detroit cette semaine, après avoir racheté 100% de l'américain Chrysler pour le compte de l'italien, cinq ans après avoir sauvé ce dernier d'une mort annoncée.

Le 1er janvier, Fiat a annoncé la reprise de 100% de Chrysler pour environ 4 milliards de dollars, après des mois de bras de fer avec le syndicat automobile Veba.

M. Marchionne, 62 ans, ne cachait pas sa satisfaction à Detroit lundi: "Je suis ravi, le fait que nous soyons parvenus à un accord est le point fort pour moi en 2014!"

"Il fallait le faire, c'est comme aller chez le dentiste", ajoutait-il avec l'humour sarcastique qu'il manifeste à longueur de conférences de presse.

"Il a fait un travail extraordinaire. Il a repris Chrysler quand tout le monde pensait l'entreprise moribonde et il l'a redressée très rapidement", remarque Tom Libby, analyste au cabinet spécialisé IHS.

En 2009, Chrysler, accablé de dettes et victime d'une profonde crise du secteur automobile, doit déposer son bilan pour se restructurer.

"Marchionne-la-revoluzione", comme on le surnomme en Italie depuis qu'il a sauvé Fiat de la banqueroute, négocie avec le gouvernement américain une reprise de 21% des parts du troisième constructeur des Etas-Unis, assortie du contrôle opérationnel.

Peu à peu, Fiat monte au capital de Chrysler, jusqu'à parvenir aux 100% nécessaires pour une fusion telle que la convoitait Marchionne.

"Il a profité de la faillite pour mettre en place les germes d'un constructeur d'ampleur mondiale", remarque Karl Brauer, du cabinet de conseil KBB.

"Et en restaurant la rentabilité du groupe", notamment en refinançant la dette gouvernementale, "il est parvenu à faire de cette vision une réalité, malgré le contexte de ventes en baisse chez Fiat", ajoute-t-il.

Ce patron atypique, aux cheveux gris et au yeux cerclés de lunettes rondes en acier, est toujours vêtu d'un pull noir à col rond, un uniforme destiné à "gagner du temps le matin".

Citations de philosophes

Il parle d'une voix basse et monocorde, tantôt en italien tantôt en anglais, et essaime de citations de philosophes ou de chanteurs de jazz ses conférences de presse. "Don't worry, be happy", de Bobby McFerrin, est une référence régulière.

Gros fumeur, il est connu pour ses pauses cigarette à l'extérieur des centres de conférence, où il se retrouve souvent entouré d'une nuée de journalistes italiens.

Celui qui, selon ses propres dires, "dort peu" et "vit dans un avion", exerce, malgré son apparente décontraction, un contrôle pointu sur tous les aspects du groupe, du design à la publicité en passant par les discussions avec les banques.

Sa réputation de fin négociateur et d'as de la tactique du poker menteur n'est plus à faire, et il s'est fait une spécialité de la chasse aux coûts superflus.

"Le gâchis n'est pas éthique", est l'un de ses principes répétés comme un mantra dans les usines du groupe.

Né en 1952 en Italie, M. Marchionne a quitté son pays natal à l'âge de 14 ans pour le Canada avec ses parents. Il possède la double nationalité.

"Je parlais anglais avec un fort accent italien. J'ai mis plus de six années à le perdre, six ans de perdus avec les filles", confiait-il il y a quelques années à la presse.

Après des études de droit et de gestion au Canada, il a débuté sa carrière comme spécialiste fiscal pour Deloitte and Touche.

Avant de rejoindre Fiat en 2004, il a été directeur général du groupe suisse SGS, numéro un mondial de la certification.

Ce père de deux filles est aujourd'hui en quelque sorte marié au groupe italien et forme un duo éclectique avec John Elkann, l'héritier discret, toujours vêtu de costumes stricts, de la famille Agnelli, qui contrôle le groupe emblématique italien.

De vingt ans son cadet, John Elkann préside le conseil d'administration de Fiat, ce qui en fait en quelque sorte son patron.

Un patron qui est soucieux de le garder dans son écurie. "Nous avons un accord pour au moins trois ans de plus" avec Sergio Marchionne, a-t-il déclaré à la presse à Detroit, visiblement heureux de conserver aux manettes de son entreprise l'homme providentiel qui veut en faire un champion mondial.

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