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15/01/2014 12:52 EST | Actualisé 16/03/2014 05:12 EDT

La Cour suprême des Etats-Unis revient sur la controverse de l'avortement

Plus de quarante ans après avoir légalisé l'avortement aux Etats-Unis, la Cour suprême américaine revient mercredi sur cette question périlleuse, avec une affaire sur le droit de manifester à proximité des cliniques pratiquant l'interruption volontaire de grossesse.

Dans un débat très attendu, la haute Cour doit s'attarder sur la liberté des anti-IVG de manifester leur colère sous les fenêtres des établissements gynécologiques, alors même que "pro-vie" et "pro-choix" devaient brandir leurs banderoles sur les marches du temple de la justice américaine.

Contrairement aux prédictions et, malgré une multiplication des recours, les neuf sages ont préféré se pencher sur ce dossier périphérique, qui relève de la liberté d'expression, rechignant toujours à s'emparer du coeur de la controverse et à revenir sur leur décision de janvier 1973, "Roe v. Wade", qui légalise l'avortement dans le pays.

Pas plus tard que lundi, ils rejetaient le dernier de ces recours, alors que de plus en plus d'Etats votent des lois restrictives sur l'IVG. Ils ont refusé de se saisir d'une loi interdisant l'avortement à vingt semaines de grossesse en Arizona (sud-ouest), confirmant ainsi son inconstitutionnalité.

"C'est la seconde fois de la session que la Cour a évité de se saisir d'une nouvelle loi limitant l'avortement", a commenté Lyle Denniston, expert du ScotusBlog.

En novembre déjà, elle avait refusé de statuer sur l'échographie que l'Oklahoma (sud) voulait rendre obligatoire avant tout avortement, la déclarant de fait illégale. Elle avait aussi renoncé à trancher sur la pilule abortive qui agite plusieurs Etats américains et permis ainsi son usage en Oklahoma.

La haute Cour avait en revanche refusé de bloquer l'application d'une loi restreignant l'accès à l'avortement au Texas (sud), entraînant la fermeture d'un tiers des cliniques gynécologiques de l'Etat.

Les observateurs ont du mal à lire, dans ces récentes décisions, la direction que la haute Cour a décidé d'emprunter depuis son changement de composition.

Car c'est une Cour désormais à majorité conservatrice qui examine mercredi la loi du Massachusetts (nord-est) interdisant les manifestations anti-IVG près des cliniques pratiquant l'avortement.

Juges divisés

"La décision sera certainement significative (...), les juges sont profondément divisés sur la constitutionnalité des lois qui régulent ou limitent l'avortement", a commenté David Hudson, expert à l'Ecole de droit de Nashville.

Dans cette affaire, sept militants "pro-vie" s'appuient sur le Premier amendement de la Constitution sur la liberté d'expression pour contester la constitutionnalité de la loi du Massachusetts, qui leur interdit de manifester dans une "zone tampon" de 10 mètres autour de l'entrée, la sortie ou l'accès privé de cliniques gynécologiques.

"Il est temps que la Cour suprême mette fin à ces tentatives perverses de faire taire les orateurs pro-vie", a déclaré Dana Cody, présidente de l'association anti-avortement Life Legal Defense Foundation. Elle estime qu'il suffirait du vote de deux des quatre nouveaux juges pour invalider la loi.

"Nous avons vu trop de fois la Cour suprême délivrer un arrêt de mort pour tous ces enfants sans voix in utero. Ce serait une nouvelle injustice de réduire au silence ceux qui parlent au nom de ces enfants", a renchéri Lila Rose, présidente de Live Action contre l'IVG.

Arguant de ses droits à manifester, elle ajoute que "la Constitution des Etats-Unis ne devient pas nulle et non avenue quand on s'approche d'un centre d'avortement".

Qu'on ne s'y trompe pas, proclame le New York Times dans un éditorial, si "la question légale posée à la Cour" est bien celle de la liberté d'expression, "ce qui est plus largement en jeu ici c'est la protection de l'accès des femmes à l'avortement, qui est attaquée à travers le pays autant par les législateurs que par les manifestants".

La décision, attendue avant fin juin, pourrait avoir un impact dans d'autres Etats qui ont mis en place ce type de zone de protection autour des cliniques, mais aussi de certains lieux de culte ou de cimetières.

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