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14/01/2014 06:37 EST | Actualisé 16/03/2014 05:12 EDT

Rameau le mal-aimé en vedette pour son 250e anniversaire

C'est le grand compositeur des Lumières, mais il n'a pas l'aura d'un Bach ou d'un Haendel: Jean-Philippe Rameau (1683-1764) est fêté pour le 250e anniversaire de sa mort de New York à Canton en passant par Vienne, Berlin et Paris.

"Il mérite absolument d'être reconnu à l'égal de Bach et Haendel", souligne le chef d'orchestre Christophe Rousset, auteur d'une biographie publiée en France chez Actes Sud. Le claveciniste et fondateur de l'ensemble Les Talens Lyriques revendique sa "croisade pour Lully et Rameau, tous deux d'immenses compositeurs".

L'"année Rameau" sera l'occasion de voir une nouvelle production de "Platée", sous la baguette de William Christie avec le Canadien Robert Carsen pour la mise en scène en février à Vienne, avant l'opéra Comique à Paris en mars et le Lincoln Center de New York en avril.

La version de "Platée" mise en scène par Mariame Clément et dirigée par Christophe Rousset sera donnée à Strasbourg (est) et Mulhouse (est). "Les Indes galantes", sans doute la musique la plus connue de Rameau, seront données à Bordeaux (sud-ouest), Bruges (Belgique) et Londres.

Plus rares, "Daphnis et Eglé" sera donné avec les Arts Florissants de William Christie à Caen (ouest) et "Castor et Pollux" sera monté en mai, juin et juillet à Berlin.

Le Centre de musique baroque de Versailles (ouest de Paris) se lance dans quatre recréations dont "Les Fêtes de l'Hymen et de l'Amour", qui ouvrent l'année Rameau à l'Opéra royal du Château de Versailles le 13 février. Une production originale avec marionnettes et chanteurs parodiant l'opéra "Hippolyte et Aricie" voyagera dans le monde entier, de Malte à Canton.

Au total près de 300 concerts et spectacles vont tenter de propulser Rameau au firmament des plus grands compositeurs. "Espérons qu'il ne retombera pas dans l'oubli", soupire Christophe Rousset.

"Chez les compositeurs purement français, Charpentier, Rameau, Berlioz, Debussy sont à un niveau de génie", affirme Benoît Dratwicki, directeur artistique du Centre de musique baroque de Versailles, qui coordonne l'année Rameau.

Il reste pourtant "peu connu du public", constate la soprano Sabine Devieilhe, qui vient de publier en France un disque remarqué sur Rameau. "Après un concert, il y a toujours des gens qui viennent nous dire qu'ils ne connaissaient pas et qu'ils trouvent ça magnifique, avec ce goût pour le texte et la composition".

Jean-Philippe Rameau (1683-1764), auteur d'un "Traité de l'harmonie", garde une réputation de compositeur savant. "C'est une musique très difficile à exécuter", reconnaît Christophe Rousset. "Il y a une recherche, un raffinement, une sophistication du langage harmonique inouïs".

"La séduction chez Haendel est beaucoup plus simple, elle repose sur l'euphorie du chant. Bach est joué par les musiciens dès le plus jeune âge, tout le monde a une espèce d'intimité avec lui. Avec Rameau, on bascule tout de suite dans un répertoire plus complexe".

Autre handicap: les opéras de Rameau sont coûteux à monter: "deux fois plus qu'un opéra de Vivaldi, par exemple", souligne Benoît Dratwicki. "On a besoin d'une pléiade de solistes, souvent plus d'une dizaine, plus les choeurs et la danse", renchérit Christophe Rousset.

Renouveau baroque

Le renouveau de la musique baroque depuis 40 ans a certes profité à Rameau. Mais paradoxalement, sa redécouverte est passée par l'Angleterre, avec John Eliot Gardiner, et les pays germaniques grâce à Nikolaus Harnoncourt.

Seul "Platée" est programmé régulièrement par les grandes scènes lyriques, notamment en Allemagne. "C'est probablement l'oeuvre lyrique la plus évidente, dans la mesure où elle a un livret croustillant, entre le tragique et le comique", explique le chef d'orchestre.

(Site de l'année Rameau: www.rameau2014.fr)

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