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14/01/2014 11:39 EST | Actualisé 16/03/2014 05:12 EDT

Mexique : les milices affirment que l'armée a tué quatre personnes

Un porte-parole des milices d'autodéfense qui affrontent des narcotrafiquants à l'ouest du Mexique a affirmé mardi à l'AFP que les militaires avaient tué quatre personnes mardi lors d'affrontements avec la population civile, une information non confirmée par les autorités.

Estanilao Beltran, un chef milicien dans l'Etat du Michoacan, a dit qu'un convoi de militaires s'était présenté mardi à l'aube dans la localité de Cuatro Caminos pour désarmer le groupe d'autodéfense qui en avait pris le contrôle en fin de semaine pour en expulser le groupe criminel des Chevaliers Templiers.

Selon Beltran, des habitants de Cuatro Caminos sont alors sortis de leurs maisons pour exiger des militaires qu'ils rendent les armes prises aux miliciens et ont bloqué la route afin d'empêcher les soldats de repartir.

"Lors de cette confrontation, un soldat a tiré et tué deux (miliciens) communautaires sur place. Deux autres personnes, blessées, dont une fillette de 11 ans, sont mortes lors de leur transport à l'hôpital", a dit Beltran, qui a assuré sur radio MVS avoir été présent au moment de l'affrontement.

Lundi, le ministre de l'Intérieur, Miguel Angel Osorio Chong, après une réunion avec les autorités locales du Michoacan, avait demandé aux milices de cesser leur offensive armée, assurant que "la sécurité de leurs communautés est entièrement à la charge des institutions".

Il avait annoncé l'envoi immédiat sur place de troupes fédérales supplémentaires et averti qu'il "n'y aurait pas de tolérance pour les personnes surprises en possession d'armes" interdites.

Le désarmement des milices du Michoacan "a déjà commencé ainsi que le rétablissement de l'ordre légal", a affirmé mardi sur la chaîne Televisa le ministre de la Justice, Jesus Murillo Karam. Le ministre n'a pas voulu confirmer ni infirmer s'il y avait eu des tués lors des incidents de la nuit.

Beltran de son côté a assuré que son mouvement "ne va jamais lâcher ses armes" jusqu'à l'arrestation des principaux chefs des Templiers. Il a affirmé que le leader des milices, José Manuel Mireles, qui avait assuré lundi soir qu'il se conformerait aux ordres des autorités légales "est déconnecté de la réalité". Selon lui, Mireles ne peut actuellement faire de déclaration au nom des groupes d'autodéfense car il est convalescent après des blessures dans l'accident d'un petit avion.

Lundi soir, une autre figure en vue des milices, Hipolito Mora, chef des groupes d'autodéfense de La Ruana, avait affirmé à l'AFP qu'il continuerait à lutter contre les Templiers, soulignant une division du mouvement sur le sujet.

Dimanche soir, des milices avaient pris le contrôle de la localité de Nueva Italia, auparavant sous le joug du cartel des Chevaliers Templiers, après des affrontements armés ayant fait au moins deux blessés. Leur objectif affiché est de déloger ce groupe criminel aux allures de secte religieuse de son fief d'Apatzingan, une ville de 130.000 habitants.

Les groupes d'autodéfense se sont multipliés, souvent à l'initiative de civils exaspérés par l'incapacité des autorités à les protéger contre les Chevaliers Templiers.

Selon ces groupes d'autodéfense, le cartel se livre impunément depuis des années à des activités criminelles allant, outre le trafic de drogue, jusqu'au racket et aux enlèvements, sans que les opérations fédérales successives y changent rien. Le Michoacan était déjà l'État où le précédent président, Felipe Calderon (2006-2012) avait pour la première fois envoyé l'armée contre les trafiquants de drogue, en décembre 2006.

Après les premiers affrontements entre organisations criminelles et milices, le gouvernement d'Enrique Peña Nieto a envoyé en mai d'importants renforts militaires et policiers dans la région, en tant que force de dissuasion. Cela n'a pas empêché la prise de contrôle d'une vingtaine de municipalités par les milices armées, qui entendent s'emparer des 113 municipalités du Michoacan.

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