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14/01/2014 04:35 EST | Actualisé 15/03/2014 05:12 EDT

L'élection du gouverneur de Tokyo vire au referendum sur la question nucléaire

L'élection du gouverneur de Tokyo vire au referendum sur la question nucléaire via un tandem d'ex-Premiers ministres qui ont choisi ce scrutin pour mobiliser l'opinion sur l'atome, au grand dam du gouvernement.

Ex-dirigeant du Japon de 2001 à 2006, Junichiro Koizumi a annoncé mardi son soutien à la candidature de Morihiro Hosokawa qui exerça la même fonction en 1993-1994.

Les deux septuagénaires sont officiellement retirés de la vie politique, mais font leur retour portés par la même conviction: le Japon ne doit pas redémarrer ses réacteurs nucléaires, actuellement tous stoppés.

"Ce scrutin (prévu le 9 février) sera une bataille entre ceux qui pensent que le Japon peut se passer d'énergie nucléaire et ceux qui affirment le contraire", a insisté M. Koizumi.

La capitale nippone est actuellement privée de gouverneur, la plus haute fonction municipale, à la suite de la démission de Naoki Inose, élu il y a un peu plus d'un an mais contraint de quitter ses fonctions par un scandale de prêt non déclaré contracté alors qu'il était en campagne électorale.

M. Hosokawa, qui a consacré ces dernières années à la poterie, a confirmé sa décision de prendre part à l'élection à Tokyo.

Et d'ajouter: "je pense que le problème nucléaire est du ressort d'un gouverneur", jugeant cette question vitale pour le Japon.

L'actuel Premier ministre de droite, Shinzo Abe, avait dès lundi déploré que le débat pour cette élection se focalise sur la question nucléaire qui, selon lui, est de nature nationale et pas locale.

M. Abe plaide depuis son retour au pouvoir il y a un peu plus d'un an pour que soient relancées les centrales de l'archipel, arrêtées par précaution après l'accident de Fukushima, jugeant cette énergie indispensable pour la bonne santé économique du pays.

M. Abe préfèrerait que les JO de Tokyo en 2020 animent la campagne. Les citoyens placent eux la protection sociale et la préparation aux séismes comme priorité, selon un sondage de la télévision TBS.

Si Tokyo, coeur et poumon de la vie de l'activité nationale, peut se passer d'électricité nucléaire, le pays le pourra, rétorque M. Koizumi.

C'est à la suite du drame de Fukushima que M. Koizumi a changé radicalement d'avis sur cette question. Il estime désormais que l'énergie nucléaire ne doit plus être exploitée au Japon, non pas tant du fait des risques d'accident que d'absence de solution pour le traitement des déchets radioactifs.

L'élection du gouverneur de Tokyo fournit selon M. Koizumi une bonne occasion pour débattre de cette question et demander aux citoyens de trancher, tout comme il l'avait fait sur la privatisation de la Poste lors d'un scrutin législatif remporté haut-la-main en 2005.

Malgré son retrait officiel de la vie politique, ce fan d'Elvis Presley continue de s'exprimer publiquement et garde une aura importante dans son pays où il est devenu un chantre du combat antinucléaire bien qu'il soit issu de la formation aujourd'hui présidée par M. Abe, le Parti Libéral-Démocrate (PLD).

En soutenant un revenant, l'anticonformiste et imprévisible Junichiro Koizumi donne un nouveau coup de pied dans la fourmilière politique japonaise, en voulant mobiliser la population autour de la question nucléaire pour faire pression sur le gouvernement.

Le PLD de M. Abe devrait pour sa part apporter son soutien à la candidature de l'ex-ministre de la Santé Yoichi Masuzoe qui a aussi annoncé mardi se présenter sans étiquette.

Auparavant, un ex-chef militaire limogé pour des propos malvenus sur le rôle du Japon pendant la Deuxième guerre mondiale s'était déjà porté candidat avec le soutien du parlementaire nationaliste Shintaro Ishihara qui fut lui-même gouverneur de Tokyo de 1999 à 2012.

Bien qu'étant originaire de la préfecture de Fukushima en partie ravagée par l'accident nucléaire après le tsunami du 11 mars 2011, M. Tamogami s'est exprimé pour le redémarrage de réacteurs atomiques jugés sûrs.

Au total à ce jour six candidats postulent à Tokyo, avec deux points communs: ce sont tous des hommes de plus de 65 ans.

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