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14/01/2014 02:39 EST | Actualisé 15/03/2014 05:12 EDT

Les manifestants thaïlandais menacent la première ministre

Les manifestants qui cherchent à renverser le gouvernement thaïlandais ont annoncé leur intention de renforcer le blocus autour des ministères et prévenu la première ministre Yingluck Shinawatra qu'elle pourrait être la prochaine cible, tandis que de nombreux carrefours importants de Bangkok restaient bloqués mardi.

Cette action est le dernier épisode d'un conflit qui dure depuis huit ans et qui oppose la classe moyenne et les notables royalistes de Bangkok, aux partisans, souvent pauvres et vivant en zone rurale, de Yingluck Shinawatra et de son frère parti à l'étranger, l'ancien chef de gouvernement Thaksin Shinawatra.

Comme lundi, premier jour de la mobilisation, les manifestants, dirigés par Suthep Thaugsuban, ont empêché les fonctionnaires de se rendre au travail, ce qui a obligé
plusieurs ministères et la banque centrale à travailler avec des systèmes de secours.

« Pendant les deux ou trois prochains jours, nous devons forcer tous les bâtiments gouvernementaux à fermer », a déclaré Suthep Thaugsuban à ses partisans.

« Si nous n'y arrivons pas, nous entraverons les déplacements de la première ministre et des ministres », a-t-il menacé. « Nous commencerons par couper l'eau et l'électricité à leurs domiciles. Je leur conseille d'évacuer leurs enfants. »

Un groupe d'étudiants allié au Comité populaire pour la réforme démocratique (CPRD) de Suthep Thaugsuban a de son côté menacé de prendre d'assaut la Bourse de Bangkok. Elle représente « un système capitaliste mauvais qui a fourni un moyen à Thaksin de devenir milliardaire », a déclaré un dirigeant du groupe, Nitithorn Lamlua.

Un porte-parole du CPRD a toutefois démenti que la Bourse soit considérée comme une cible par les opposants.

« Nous n'allons pas assiéger les sites qui fournissent des services aux habitants, y compris les aéroports, la Bourse ou les gares. En revanche, nous allons bloquer l'accès aux bâtiments gouvernementaux pour les empêcher de fonctionner », a dit Akanat Promphan.

Accord improbable

Le président de la Bourse Jarumporn Chotikasathien, a expliqué que des mesures d'urgence avaient été prévues pour sécuriser le bâtiment et le système de transactions en cas de besoin.

Pour désamorcer la crise, Yingluck Shinawatra a appelé à des élections anticipées pour le 2 février, que son parti Puea Thai a toutes les chances de remporter. Suthep Thaugsuban a rejeté cette initiative et la Commission électorale a suggéré que le scrutin soit repoussé au 4 mai.

Yingluck Shinawatra a invité les dirigeants de l'opposition politique et les représentants des manifestants à une réunion mercredi pour discuter de cette proposition.

La chef du gouvernement a transféré depuis lundi son bureau au ministère de la Défense, dans la banlieue de Bangkok. Le conseil des ministres, qui se tient le mardi, a été annulé.

« Un accord sur le report des élections permettrait de gagner du temps mais ce ne serait qu'un sursis tant qu'un accord plus large sur la future organisation politique du pays n'a pas été conclu », estime le centre de réflexion International Crisis Group dans son dernier rapport.

« La Thaïlande est extrêmement polarisée et les chances de parvenir à un tel accord sont faibles », ajoute-t-il.

La circulation restait faible mardi à Bangkok, sept grands carrefours ayant été bloqués lundi par les manifestants tandis que de nombreuses écoles étaient fermées pour la deuxième journée de suite.

Le gouvernement a déployé 10 000 policiers et quelque 8000 soldats pour protéger les bâtiments gouvernementaux, mais ils ont été pratiquement invisibles depuis lundi.