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14/01/2014 01:36 EST | Actualisé 15/03/2014 05:12 EDT

La police fait profil bas face aux manifestants qui occupent Bangkok

A un carrefour clé de Bangkok bloqué par les manifestants antigouvernement, Ton, membre du service d'ordre du mouvement, monte la garde près d'une guérite abandonnée de la police thaïlandaise. "Nous contrôlons la ville maintenant", lance-t-il.

Les manifestants qui réclament depuis plus de deux mois la tête de la Première ministre, Yingluck Shinawatra, ont lancé lundi une opération de "paralysie" de la capitale thaïlandaise, énième tentative de remplacer le gouvernement par un "conseil du peuple" non élu.

Mais si les autorités ont annoncé la mobilisation de quelque 20.000 policiers et soldats pour intervenir en cas de nouvelles violences, les uniformes étaient quasi invisibles autour des sites de rassemblement.

"Nous assurons la sécurité des manifestants, pas la police", souligne Ton, bénévole de 25 ans, un tatouage au cou. "Les policiers sont partis. Je ne sais pas du tout où ils sont".

Les membres du service de sécurité des manifestants, arborant T-shirt noir, brassard et talkie-walkie, se sont engouffrés dans le vide apparent laissé par la police, prenant en charge le contrôle de la circulation et de la foule, certains en fanfaronnant.

"Cela fait longtemps qu'il n'y avait pas eu une véritable police (...) parce qu'elle sert uniquement Thaksin, pas la population", insiste Noppadon Isaraphukdee, 48 ans, en référence au frère de Yingluck, Thaksin Shinawatra.

L'ex-Premier ministre renversé par un coup d'Etat en 2006 reste malgré son exil le personnage à la fois le plus détesté et le plus aimé du royaume.

Les manifestants, qui veulent se débarrasser de ce qu'ils appellent le "système Thaksin" associé selon eux à une corruption généralisée, l'accusent de continuer à gouverner par le truchement de sa soeur.

Depuis le début de la crise qui a fait au moins huit morts, cette dernière a privilégié l'évitement entre forces de l'ordre et manifestants pour éviter tout débordement majeur qui pourrait précipiter un nouveau putsch de l'armée, dans un pays qui a connu 18 coups d'Etat ou tentatives depuis 1932.

Une stratégie louée par les Etats-Unis qui l'ont félicitée pour sa "retenue", loin de la répression par l'armée du mouvement des "chemises rouges" pro-Thaksin en 2010 (90 morts).

La police assure être aux commandes

Même si Yingluck décidait d'envoyer les militaires pour restaurer l'ordre dans la ville, il n'est pas certain qu'ils lui obéiraient.

L'armée, traditionnellement alliée des élites royalistes anti-Thaksin, a assuré qu'elle n'interviendrait pas contre les manifestants, et le puissant chef de l'armée de terre a même refusé d'exclure un nouveau putsch.

En attendant, la police a déserté les lieux des manifestations, et a promis d'exercer la plus grande retenue, assurant qu'elle continuerait à n'utiliser que gaz lacrymogènes, canons à eau et balles en caoutchouc.

Si huit personnes ont été tuées ces dernières semaines, la plupart ont été abattues dans des circonstances troubles par des tireurs non identifiés.

"C'est inattendu et surprenant, à la fois pour les groupes anti et pro-Thaksin, que la police ait agi avec une telle non-violence contre les manifestants", note Paul Chambers (Université de Chiang Mai). "Je dirais même que Suthep (Thaugsuban, le meneur des manifestants) est déçu étant donné qu'il espérait une répression policière pour légitimer sa campagne de chaos".

Sur le parking d'une discothèque à quelques rues d'une intersection occupée, quelques dizaines de policiers mangent et jouent aux cartes, leur gilet de protection accroché au dossier de leur chaise en plastique.

"Nous essayons de ne pas trop nous approcher de la foule. Ils pourraient se mettre en colère s'ils nous voient et cela pourrait provoquer des heurts", commente l'un d'entre eux, sous couvert de l'anonymat.

La police n'a malgré tout pas abandonné la ville, promet-il. "Si les gardes de sécurité des manifestants pensent qu'ils sont cool parce qu'ils contrôlent la circulation, ça les regarde". "Nous contrôlons la situation".

Mais à quelques pas de là, devant la scène, les manifestants sont loin d'être d'accord.

Yingluck et Thaksin ont perdu le contrôle du pays, assure une militante en brandissant une affiche représentant la Première ministre sous forme de varan --une insulte-- maîtrisé par Suthep.

"Maintenant, le peuple va le reprendre".

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