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14/01/2014 03:35 EST | Actualisé 15/03/2014 05:12 EDT

La Constitution soumise à la volonté du peuple égyptien

Les Égyptiens ont commencé à voter mardi à l'occasion d'un référendum sur une nouvelle Constitution, scrutin dont le nouvel homme fort du pays, le général Abdel Fattah al Sissi, pourrait se servir comme d'un tremplin vers la présidence.

Cette consultation, qui se prolongera mercredi, est le premier vote organisé en Egypte depuis que l'armée a évincé en juillet le président démocratiquement élu un an plus tôt,
Mohamed Morsi.

Signe des tensions persistantes dans le pays, au moins neuf personnes sont mortes dans des affrontements entre partisans des Frères musulmans et policiers, dit-on de source autorisée. Deux bombes de faible puissance ont explosé, l'une au Caire, l'autre à Mahalla, dans le delta du Nil, sans faire de victimes.

Première étape de la « feuille de route » présentée par l'armée après son coup de force, la Constitution a été rédigée par une commission dont étaient exclus les islamistes, sur fond de répression implacable contre les Frères musulmans, dont était issu Mohamed Morsi, de violences et d'attentats.

Chef d'état-major de l'armée, le général Sissi, dont le portrait orne de nombreux bâtiments, a lié à demi-mot sa candidature à l'élection présidentielle, qui pourrait se tenir
en avril, au « mandat populaire » que lui conférerait, selon lui, une forte participation et une large, et prévisible, victoire du « oui » à la Constitution.

À 59 ans, le général Sissi est présenté par ses partisans comme un sauveur, seul en mesure de ramener calme et stabilité dans le pays après trois années de chaos consécutif à la révolution ayant emporté Hosni Moubarak, lui-même issu de l'armée.

« C'est un homme à poigne », dit de lui Oum Sami, habitante d'un bidonville du Caire, résumant le sentiment de nombreux Égyptiens qui appellent de leurs voeux un retour des militaires au pouvoir même si le prix à payer est un recul des libertés acquises en 2011.

« La situation ne nous plaît pas, mais nous allons voter "oui" et si Dieu le veut, les choses iront mieux », ajoute-t-elle avec fatalisme.

La télévision d'État a diffusé des images du général Sissi, en tenue militaire de couleur sable et lunettes de soleil sur le visage, inspecter les opérations de vote dans un bureau. Le ministère de l'Intérieur a fait état d'une forte participation.

Pour s'assurer la mobilisation des électeurs, les autorités ont permis aux Egyptiens de voter là où ils se trouvent, ce qui leur évite d'avoir à rentrer dans les villes où ils sont
enregistrés sur les listes électorales.

Face aux interrogations suscitées par cette mesure pour la transparence du vote, le pouvoir a assuré que les bases de données électroniques permettraient d'éviter les fraudes, le bourrage des urnes et les votes multiples qui étaient la norme à l'époque où Hosni Moubarak était président.

Ancien candidat à la présidentielle, l'homme de gauche Hamdine Sabahi n'a pas été autorisé à voter car les autorités l'ont inscrit dans un bureau de vote en Arabie saoudite, a dit son mouvement, le Courant populaire.

Hosni Moubarak veut voter

Détenu dans un hôpital militaire du Caire dans l'attente de son nouveau procès pour la mort de manifestants en 2011, Hosni Moubarak a pour sa part demandé à pouvoir voter, a dit son avocat, Farid el Dib, à Reuters, en précisant qu'il souhaitait « bien sûr » voter « oui ».

Le gouvernement a annoncé un déploiement massif de policiers et de militaires pour garantir la sécurité des électeurs.

Déclarés « organisation terroriste » par les autorités le 25 décembre, les Frères musulmans ont appelé à boycotter le référendum.

Discrédités par leur année au pouvoir et par la campagne de propagande qui, depuis leur éviction, les a accusés de tous les maux de l'Égypte, ils n'ont toutefois plus le poids qui leur avait permis de remporter tous les scrutins depuis la chute d'Hosni Moubarak.

Leurs partisans ont organisé de petites manifestations dans plusieurs villes. La police a arrêté 65 partisans de la confrérie qui tentaient de perturber le vote, ont dit des
responsables de la sécurité.

Les affrontements les plus meurtriers se sont produits à Sohag, au sud du Caire, et à Gizeh. Des responsables locaux ayant requis l'anonymat rapportent qu'à Sohag quatre partisans des Frères musulmans ont été tués et une vingtaine d'autres blessés, ainsi que trois policiers.

Cité par l'agence de presse officielle Mena, le ministère de l'Intérieur dit que des partisans des Frères ont tué quatre personnes et en ont blessé neuf autres, dont un policier, en ouvrant le feu sur des passants pour les empêcher de se rendre aux urnes.

Quatre autres personnes ont été tuées par des tirs dans le secteur de Gizeh, en périphérie du Caire, dont deux atteint en pleine tête à Kerdassa, un bastion islamiste. De sources proches des services de sécurité, on assure qu'il s'agissait de partisans de la confrérie islamiste.

Un homme a aussi été tué à Beni Souef, au sud de la capitale.

Au Caire, une bombe de faible puissance a explosé juste avant le début de vote près du tribunal du quartier populaire d'Imbaba. Aucune victime n'a été signalée.

Pratiquement aucune force politique n'a appelé à voter « non » au référendum. Les seuls qui s'y sont risqués, des militants du parti L'Égypte forte, dirigé par un dissident de la confrérie, ont été arrêtés pour possession d'affiches et de tracts, selon les organisations des droits de l'homme.

La commission internationale des juristes (ICJ) considère que ce texte comporte de graves imperfections. « La campagne référendaire s'est déroulée dans un contexte de peur, d'intimidation et de répression, ce qui remet en cause l'intégrité de l'ensemble du processus », écrit cet organisme basé à Genève dans un communiqué.

Aux États-Unis, la nouvelle loi de finances américaine prévoit la reprise de l'aide militaire et financière à l'Égypte, qui représente plus d'un milliard et demi de dollars et a été en grande partie suspendue à la suite de la destitution de Morsi. Sur cette aide globale annuelle, l'assistance militaire représente 1,3 milliard de dollars.

L'Égypte, entre révolution populaire et pouvoir militaire