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14/01/2014 06:22 EST | Actualisé 16/03/2014 05:12 EDT

Dans les bureaux du Caire, on vote "Oui" à la stabilité, "non" aux Frères musulmans

Plus que pour une nouvelle Constitution qu'ils n'ont pas lue pour la plupart, ils disent qu'ils voteront "oui" à la stabilité en Egypte, "oui" à la destitution du président islamiste Mohamed Morsi et "oui" au général Sissi, le nouvel homme fort de l'Egypte.

Par centaines, ils se massaient mardi devant les bureau de vote du Caire pour le référendum sur une nouvelle loi fondamentale, qui ne change la précédente qu'à la marge mais apparaît clairement comme un plébiscite pour le nouveau pouvoir dirigé de facto par les militaires.

A Manial, une île sur le Nil dans le sud du Caire, de longues files d'attente se sont formées devant les écoles avant même l'ouverture des bureaux. "Je vote parce que c'est mon devoir de citoyen, mais aussi pour prouver que ce qui s'est passé n'était pas un coup d'Etat", affirme Omar, 24 ans.

Le 3 juillet, le chef de l'armée et ministre de la Défense, le général Abdel Fattah al-Sissi, annonçait la destitution et l'arrestation de M. Morsi, le seul président jamais élu démocratiquement en Egypte.

Les islamistes pro-Morsi, dont les manifestations sont implacablement réprimées dans le sang depuis, dénoncent un "coup d'Etat militaire" et ont appelé à boycotter le référendum, mais le nouvel homme fort du pays, qui attend une participation massive pour se décider à présenter sa candidature à la présidentielle, jouit d'une très grande popularité dans tout le pays.

"Le référendum sera la fin des Frères musulmans", la confrérie de M. Morsi, lance Galal Zaky, un boulanger de 45 ans devant un bureau de vote. "Nous disons +oui+ à l'avenir et +non+ aux Frères musulmans", martèle-t-il.

"Les Frères musulmans voulaient nous diviser", renchérit Wafaa Louis Tawadros, une ingénieure de 57 ans. Pour cette copte vêtue d'un élégant tailleur noir, cette Constitution est bien meilleure que la précédente "car elle dit clairement que chrétiens et musulmans sont égaux, et que l'homme et la femme le sont aussi".

Depuis le 3 juillet, l'Egypte s'est engagée dans un cycle d'extrêmes violences: plus d'un millier de manifestants pro-Morsi ont été tués par les policiers et soldats et des mouvements radicaux multiplient les attentats visant les autorités et les forces de l'ordre.

"Même si une bombe explose dans mon bureau de vote, je voterai", lance Salwa Abdelfattah, gynécologue d'une cinquantaine d'années, devant une dizaine de soldats lourdement équipés qui filtrent l'accès à l'école où elle doit déposer son bulletin. Deux heures avant leur ouverture, une bombe de faible puissance a explosé devant un tribunal du Caire, sans faire de victimes.

"Nous devons être aux côtés de notre police et de notre armée pour que personne ne puisse nous terroriser", dit-elle. Et pour la protéger, elle compte sur le général Sissi, qu'elle appelle "le nouveau Gamal Abdel Nasser", le colonel champion du monde arabe et des Non-Alignés qui présida l'Egypte de 1956 à 1970. "Du temps de Nasser tout allait bien, ça sera pareil avec Sissi", assure-t-elle.

Devant elle, Nisrine Ahmed, 38 ans, les cheveux couverts d'un voile beige, va plus loin: "La Constitution est la base de l'Etat, il en faut une au plus vite, après Sissi deviendra le président et l'idéal serait un gouvernement et un Parlement avec des hommes de sa trempe".

Dans le quartier populaire de Sayyida Zeinab, au centre du Caire, sur fond de chansons louant les militaires, des dizaines d'électeurs brandissent des photos du chef de l'armée, également ministre de la Défense et vice-Premier ministre.

Pour Ramadan Fathy, père de quatre enfants, approuver la Constitution est le devoir de ceux qui veulent que "le pays avance, plutôt que de retourner en arrière".

Nombre d'électeurs, interrogés par l'AFP, avouent ne pas avoir lu la Constitution. "Mais j'ai vu ce qu'en disait la télévision", explique Ali Ahmed, 35 ans. Les médias, unanimes, appellent à voter en faveur de ce texte, une version amendée de la loi fondamentale adoptée sous la présidence Morsi qui renforce les pouvoirs de l'armée. Et dans les rues du Caire, toutes les affiches de campagne, qui côtoient les portraits de Sissi, appellent au "oui".

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