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13/01/2014 11:16 EST | Actualisé 15/03/2014 05:12 EDT

Irak: Ban demande un moratoire sur les exécutions, Maliki refuse

Le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a rejeté lundi l'appel du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon à un moratoire sur les exécutions dans le pays, au cours d'une conférence de presse commune à Bagdad.

En dépit de nombreux appels en faveur d'un moratoire, au moins 169 personnes ont été exécutées en 2013, un record depuis l'invasion américaine de 2003 qui place l'Irak au 3e rang mondial des exécutions, derrière la Chine et l'Iran.

"J'ai exhorté le Premier ministre et le gouvernement irakien à instaurer un moratoire sur la peine de mort", a déclaré M. Ban qui répondait à une question de la presse aux côtés de M. Maliki.

Mais le Premier ministre a répondu que les Irakiens n'accepteraient pas que des assassins puissent rester en vie, réaffirmant que les exécutions étaient autorisées par la Constitution et par l'islam.

"Nous respectons les décisions de l'ONU et les droits de l'Homme, mais nous ne pensons pas que les droits d'une personne qui tue des gens doivent être respectés", a-t-il dit.

Diplomates et organisations de défense des droits de l'Homme pointent cependant du doigt les dysfonctionnements du système judiciaire.

"Il existe une vraie chance que les personnes exécutées soient en fait innocentes", a récemment expliqué Erin Evers, spécialiste de l'Irak pour Human Rights Watch, relevant des défaillances au niveau "de l'enquête, d'un manque de professionnalisme, d'un manque de preuves, de la corruption".

La Haut commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Navi Pillay, avait elle aussi dénoncé en 2013 un système "qui ne fonctionne pas correctement".

Le département d'Etat américain, dans son rapport sur les droits de l'Homme pour l'année 2012, a évoqué "des tortures et des abus lors des arrestations et des enquêtes, lors des détentions provisoires et après les jugements, de la part de l'armée et de la police".

L'augmentation des exécutions intervient alors que l'année 2013 a été sanglante en Irak, avec un niveau de violences qui n'avait plus été atteint depuis cinq ans.

A l'approche des élections du 30 avril, sur fond de mécontentement d'une population excédée par le manque de services et le chômage, la classe politique pourrait même chercher à détourner l'attention vers les questions de sécurité et la cadence des exécutions pourrait augmenter.

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