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13/01/2014 08:28 EST | Actualisé 15/03/2014 05:12 EDT

Guy Gionet: Accurso avait une entrée directe à la SOLIM et Arsenault le savait

MONTRÉAL - Selon l'ancien pdg de la SOLIM Guy Gionet, l'entrepreneur en construction Tony Accurso avait des entrées directes pour soumettre ses projets au bras immobilier du Fonds de solidarité, la SOLIM, et l'ancien président de la FTQ Michel Arsenault était au courant.

Devant la Commission Charbonneau, lundi, M. Gionet a expliqué l'influence de l'ancien entrepreneur en construction, dont le nom a été associé à des entreprises comme Construction Louisbourg et Simard-Beaudry.

«M. Accurso est un partenaire de très, très, très longue date au Fonds, chez SOLIM. Il n'avait pas d'obligation de passer par qui que ce soit. Je pense qu'il avait des entrées directement. Il pouvait directement présenter des dossiers», a relaté M. Gionet.

Quand le procureur de la commission, Me Simon Tremblay, lui a demandé si Michel Arsenault était au courant de cet «accès privilégié» de M. Accurso à la SOLIM, le témoin Gionet n'a pas hésité: «oui, oui, oui, je comprends que M. Arsenault et M. Accurso se connaissaient très bien. Ils discutaient souvent. Il savait très bien qu'on avait des projets ensemble.»

En entrevue, M. Arsenault a déjà nié que Tony Accurso ait eu un accès privilégié, un «fast track», du moins au Fonds de solidarité de la FTQ. Ses projets, avait-il dit, étaient évalués à leur mérite comme ceux des autres.

Dans un extrait d'écoute électronique entendu par la commission, M. Gionet évalue à 471 millions $ la part des entreprises de M. Accurso dans les investissements de la SOLIM, à partir du début jusqu'en 2009. Cela représente 18 pour cent des 2,6 milliards $ de la SOLIM, a-t-il précisé.

Lui-même est allé au restaurant avec Tony Accurso et n'a jamais payé l'addition. Il a admis avoir aussi reçu en cadeaux de sa part des billets de hockey, de spectacles, ainsi que des bouteilles de vin. Il n'est toutefois jamais allé sur son yacht, le Touch.

M. Gionet a aussi admis avoir habité temporairement dans un condominium qui se trouvait au centre-ville dans un projet de Tony Accurso. Il avait été convenu qu'il paierait un loyer de 1000 $ par mois, mais qu'il quitterait le condo si jamais il était vendu. Mais ses six chèques n'ont jamais été encaissés, a-t-il dit à la commission.

M. Accurso en menait effectivement large, au point où, dans d'autres extraits d'écoute, il se permet de mettre en garde M. Gionet contre son concurrent, Joe Borsellino, de Construction Garnier. Il tente de le dissuader d'écouter, même, ce que M. Borsellino a à dire à la SOLIM.

Dans un autre extrait d'écoute électronique, M. Gionet décrit M. Accurso comme «un homme d'affaires qui prend très, très large, qui joue beaucoup politique». Il ajoute que «sa partie, c'est la partie d'influence politique, de payer des partis politiques comme la Ville de Montréal» dans le but de décrocher des contrats. «C'est comme une gimmick commerciale», affirme M. Gionet à son interlocuteur, qui n'a pas été identifié.

Lavallée le boss

M. Gionet a aussi dépeint l'influence de Jean Lavallée, un homme «très puissant», qui a été président de la FTQ-Construction pendant plusieurs années, en plus d'être président du conseil d'administration de la SOLIM. «Il était non seulement président, mais il se considérait comme mon supérieur immédiat. Je devais répondre à ses instructions», a-t-il résumé.

La SOLIM avait pourtant un conseil d'administration de cinq membres, auquel siégeaient aussi à une certaine époque le secrétaire général de la FTQ, René Roy, et le président du Fonds de solidarité, Yvon Bolduc.

M. Gionet a relaté qu'avant même qu'il devienne pdg de la SOLIM en 2004, lorsqu'il était directeur de l'investissement, soit le numéro deux, Jean Lavallée lui avait fait comprendre qu'il était important que le dossier d'investissement de la SOLIM dans la marina Brousseau, à Saint-Sulpice, aille de l'avant. Il a déjà été mentionné devant la commission que des Hells Angels gravitaient autour de cette marina.

À l'époque où M. Gionet était directeur de l'investissement, le pdg de la SOLIM, Richard Marion, était réticent à voir le projet d'investissement dans la marina Brousseau se concrétiser. Il a plus tard confié à M. Gionet qu'il y avait des gens peu recommandables qui fréquentaient la marina. De plus, le dossier ne constituait pas un investissement immobilier intéressant, lui avait-il fait valoir.

«Le dossier de la marina Brousseau, c'est un exemple de ça. M. Lavallée voulait le dossier. Vous avez monté le dossier pour les fins de l'approbation au conseil, pour s'assurer des garanties, mais vous l'avez laissé aller, même si M. Marion vous avait dit qu'il y avait peut-être des mauvaises fréquentations dans le dossier», a résumé le commissaire Renaud Lachance. Le témoin a acquiescé.

Jean Lavallée avait convoqué M. Gionet pour l'informer du fait que le dossier de la marina Brousseau devait aller de l'avant. M. Lavallée lui avait annoncé du même souffle qu'il allait mettre fin à l'emploi du pdg Marion à la SOLIM.

M. Gionet a assuré l'intérim, puis a été promu au poste de pdg de la SOLIM en 2004, un poste qu'il a conservé jusqu'en 2009.

Lorsqu'il a quitté en mai 2009, il a touché une indemnité de départ de 1,3 million $, ce qui inclut son salaire et ses primes au rendement. Pourtant, il ne s'agissait pas d'un départ volontaire, puisque son contrat n'a tout simplement pas été renouvelé.

Et l'on a appris, lundi, que même s'il avait officiellement quitté son poste à la SOLIM en 2009, il y a poursuivi sa collaboration à titre de consultant jusqu'en 2013. L'«indemnité» de 1,3 million $, ou 325 000 $ par année, incluait donc sa disponibilité pour la SOLIM pour les quatre années qui ont suivi son départ. Selon lui, c'était pour assurer le suivi des dossiers et informer la nouvelle direction.

Même quand Jean Lavallée a fini par quitter la SOLIM, à sa retraite, il a continué à s'enquérir auprès de M. Gionet de l'évolution des dossiers à la SOLIM, a admis M. Gionet. Il poursuit son témoignage mardi.