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13/01/2014 02:45 EST | Actualisé 15/03/2014 05:12 EDT

Centrafrique: massacre dans le Nord-Ouest, début de retour à la normale à Bangui

Des violences intercommunautaires ont ensanglanté le nord-ouest de la Centrafrique depuis la démission du président Michel Djotodia vendredi, et dans une moindre mesure Bangui où la situation sécuritaire semblait toutefois connaître un début de retour à la normale lundi.

"A Bozoum, au nord-ouest, la Croix-Rouge centrafricaine a dénombré depuis vendredi dernier 97 morts, 107 blessés, et 14.000 déplacés", a affirmé à l'AFP le président de la Croix-Rouge centrafricaine (CRCA), le pasteur Antoine Mbaobogo, précisant qu'il s'agissait principalement de "civils".

"Au moins 912 maisons ont été incendiées" lors d'affrontements qui ont opposé les milices chrétiennes anti-balakas et les ex-rebelles Séléka majoritairement musulmans, selon la même source.

A l'origine du massacre, des scènes de liesse suite à l'annonce de la démission vendredi du président de transition Michel Djotodia - accusé par la communauté internationale de n'avoir rien fait pour arrêter les tueries interreligieuses -, qui ont dégénéré "entre autochtones et musulmans".

Au total, au moins 127 personnes ont été tuées en Centrafrique depuis vendredi, la Croix-Rouge ayant également dénombré 25 morts à Bangui et 5 à M'Bata (sud-ouest).

Dans la capitale, des centaines de soldats de l'armée régulière centrafricaine qui avaient déserté ces derniers mois ont regagné lundi leur commandement. Les violences semblaient s'être calmées au fil du week-end alors que les soldats français de l'opération Sangaris et africains de la Misca avaient intensifié leurs patrouilles.

A la différence des jours précédents, les rues de Bangui étaient très animées lundi matin, et la nuit a été "particulièrement calme", selon des habitants joints par l'AFP qui n'ont fait état d'aucune scène nocturne de pillage, malgré quelques tirs isolés.

Le président du le Conseil national de transition (CNT, parlement provisoire) et chef de l'Etat par intérim, Alexandre-Ferdinand Nguendet, a promis que "l'anarchie était terminée" à Bangui.

Avertissement "aux amoureux du pillage"

"Aux ex-Séléka (combattants de M. Djotodia), aux anti-balaka (miliciens hostiles à M. Djotodia) et aux amoureux du pillage, je vous lance une mise en garde sévère, c'est terminé la récréation", a ajouté M. Nguendet, en ordonnant à ses forces de riposter "à bout portant".

A l'Ecole nationale d'administration et de magistrature (Enam) où l'état-major des forces centrafricaines a installé un bureau d'enregistrement, des centaines de soldats de l'armée régulière, qui avaient rejoint les milices anti-balaka ou fui de peur d'être éliminés, se pressaient, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Ces soldats, la quasi-totalité en tenues civiles, se faisaient enregistrer après l'appel dimanche du chef d'état-major, le général Ferdinand Bomboyeke, aux soldats de rejoindre leurs casernes "d'ici lundi".

"Ils sont venus très nombreux et ça continue d'arriver (...) c'est un très bon signe", a déclaré à l'AFP le colonel Désiré Bakossa, de l'état-major. Un centre a ouvert au commissariat central de Bangui pour les policiers.

"Nous n'avons plus rien, plus d'uniformes"

"On va faire le point des effectifs et lancer des appels à la communauté internationale car nous n'avons plus rien, plus d'uniformes, plus d'armes", a expliqué le colonel.

De source française, "on reste très prudent" avec pour objectif d'organiser rapidement des patrouilles mixtes Misca-forces centrafricaines. "Il faut mesurer au jour le jour comment ça se passe. Il faut qu'ils réoccupent le terrain (...) c'est un travail de fourmi", selon cette source.

Présent sur tous les fronts, M. Nguendet va diriger à partir de mardi la session spéciale du CNT qui doit élire dans un délai maximal de 15 jours un nouveau président de transition - qui ne pourra être candidat aux élections générales prévues au plus tard au premier semestre 2015.

"Nous avons là-bas un problème sécuritaire à régler, un problème humanitaire extrêmement grave et un problème de transition démocratique. Vous ne pouvez pas laisser un pays sans dirigeant. Il faut que dans les dix jours, les dirigeants soient nommés", a demandé lundi le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius dans des déclarations à la presse.

Selon des sources politiques centrafricaines, il devrait y avoir une dizaine de candidats et il est possible que M. Nguendet en fasse partie. Vu sa connaissance des 135 membres du CNT, il ferait alors partie des favoris.

La Centrafrique sera au menu d'un sommet de la région des Grands Lacs mercredi en Angola auquel participera le président sud-africain Jacob Zuma, a annoncé Pretoria lundi soir.

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