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12/01/2014 05:23 EST | Actualisé 14/03/2014 05:12 EDT

Qatar: pour la gloire du cheval et de la monarchie

Les sceptiques sont nombreux à douter de la capacité du Qatar à atteindre des objectifs sportifs aussi nombreux que pharaoniques, mais l'émirat peut se targuer d'une réussite d'ores et déjà exceptionnelle: l'équitation.

Bien avant de finaliser les travaux de la Coupe du monde de football en 2022, Doha a obtenu en 2013 sa première consécration sportive planétaire avec Trêve, pouliche invaincue, lauréate du très prestigieux Prix de l'Arc de Triomphe.

Son propriétaire, "Cheik Joaan Al-Thani, est arrivé dans les courses en octobre 2011. Deux ans après, il est au sommet", constate sèchement un observateur chevronné du monde du galop.

"Le cheval, c'est renouer avec le passé. Le pur-sang arabe est associé à l'Histoire, à la victoire de 1892 sur l'occupant ottoman à la bataille d'Al Shaquab, qui est aussi le nom de l'écurie créée en 1992 à la gloire de cette race aux marges du désert".

Et puis l'émirat ne pouvait laisser plus longtemps la suprématie aux monarchies voisines de Dubaï (avec les Al Maktoum) et d'Arabie Saoudite (notamment le prince Khalid Abdullah), qui avaient pris les devants, avec grand succès, sur les hippodromes.

"La famille Al-Thani, très francophile, a acheté plusieurs haras historiques en Normandie, qu'ils sont en train de remettre sur pied", explique Pierrick Rouxel, directeur du Haras du Mesnil, près du Mans.

"C'est plutôt bien perçu parce qu'on a besoin régulièrement d'investisseurs de haut niveau qui permettent de continuer à faire tourner le commerce des yearlings (poulains d'un an) et des chevaux à l'entraînement. Ils font monter les prix, avec des moyens considérables".

Rêve olympique

Au-delà de l'achat de Trêve, élevée par Alec Head au Haras du Quesnay, aux portes de Deauville, Joaan Al-Thani entend s'inscrire dans la durée et créer l'élevage de galopeurs le plus performant au monde. En France, mais aussi en Angleterre et aux Etats-Unis, autres pays d'élection du pur-sang anglais.

Le jeune Cheik a d'ailleurs marqué les esprits avec un record du monde à plus de six millions d'euros pour acquérir un yearling de sexe féminin, lors des ventes anglaises de Tattersalls, en octobre dernier.

A Deauville, seul ou associé avec des cousins et oncles, il a aussi fait monter les prix.

"Comme il n'a pas de limites financières, il ne fait que dans le haut de gamme. Il s'est ainsi offert les services du jockey vedette Frankie Dettori", note un entraîneur de Chantilly.

L'offensive qatarie est de surcroît générale chez les équidés, s'étendant à tous les sports équestres, au-delà des seules courses hippiques.

Déjà performants en endurance, des épreuves de fond (160 km) qui exaltent les qualités du pur-sang arabe, les Qataris veulent également jouer dans la cour des grands en saut d'obstacles. C'est leur rêve olympique.

Selle français

Ils ont ainsi déboursé 12 millions d'euros, et peut-être plus -autre record- pour le selle français Palloubet d'Halong, auparavant cheval de tête de la Suissesse Janika Sprunger.

La somme est d'autant plus étonnante que Palloubet, certes extraordinaire sauteur, est un hongre (cheval castré).

"Il n'y a pas plus de très bons chevaux qu'avant. Il y a plus de demande. A mon avis, 25 personnes dans le monde, qui cherchent des chevaux de très, très haut niveau et qui ont des moyens quasiment illimités", remarque Edouard de Rothschild, qui s'était offert en 2010 l'étalon Lamm de Fétan.

Pour parvenir à Palloubet, le Qatar s'est servi de l'entregent du Néerlandais Jan Top, médaillé d'or par équipes aux JO de Barcelone, en 1992.

Marchand de chevaux influent et maître du Global Champions Tour, le circuit privé le plus riche en jumping, M. Top est aussi le patron de l'équipe qatarie et l'époux de l'Australienne Edwina Alexander.

L'ancien propriétaire de Palloubet d'Halong, le chef d'entreprise bâlois Georg Kähny, pensait que son crack allait être monté par l'amazone des Antipodes. Il a dû déchanter. C'est bien un cavalier du cru qui en a pris les commandes.

Mais l'argent du gaz et du pétrole n'achète pas tout. "Pour la victoire de Trêve dans l'Arc, c'est La Marseillaise qui a retenti, en l'honneur du pays de l'éleveur", souligne un historien des courses.

asc/dla/jcp