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12/01/2014 01:00 EST | Actualisé 14/03/2014 05:12 EDT

Panaches volcaniques: pourrait-on les prévoir et éviter le chaos dans le ciel ?

Malgré leur nom difficiles à prononcer, les volcans islandais se sont rendus célèbres par la capacité de leurs panaches de cendres à clouer au sol les avions: des chercheurs suggèrent dimanche dans la revue Nature Geoscience qu'il est possible de mieux prévoir ce type d'éruption.

En avril 2010, les nuages formés par les cendres du volcan islandais Eyjafjöll, situé sous le glacier Eyjafjallajökull, avaient provoqué la plus grande fermeture d'espace aérien décrétée en Europe en temps de paix, avec plus de 100.000 vols annulés en un mois et plus de huit millions de passagers bloqués.

Un an plus tard, le 21 mai 2011, un autre volcan de la grande île de l'Atlantique nord, le Grimsvötn, entrait à son tour en éruption, réveillant le spectre de la paralysie du ciel européen. Son activité était en fait rapidement retombée, avec des nuisances moindres pour les passagers aériens, mais quand même 900 annulations de vols, principalement en Ecosse et en Allemagne.

Le Grimsvötn, situé sous le glacier Vatnajökull, dans le sud-est de l'Islande, est le volcan le plus actif de l'île, mais ses éruptions sont le plus souvent de courte durée. Celle du 21 au 28 mai 2011 était la plus importante depuis 1873. Les plus récentes remontaient à 2004, 1998 et 1983.

Une équipe de vulcanologues conduite par Sigrun Hreinsdottir, du Centre de Volcanologie nordique (Université d'Islande), a cherché à percer le secret de ses entrailles en étudiant les mouvements du sol en surface pendant la dernière éruption.

Avec un épais nuage de cendres projeté jusqu'à 20 km de hauteur, Grimsvötn avait craché plus de cendres pendant les premières 24 heures de son éruption que l'Eyjafjöll en un mois.

Sécurité du transport aérien

Schématiquement, une éruption se produit lorsque la pression à l'intérieur de la chambre d'un volcan -son réservoir souterrain de magma- atteint un niveau suffisant pour pousser le magma vers la surface de la Terre. Lorsque le magma sort, la pression à l'intérieur de la chambre retombe. Or, les changements de pression à l'intérieur de la chambre magmatique entraînent des déformations en surface.

Pour mesurer les déformations du terrain, les scientifiques ont analysé les données d'instruments positionnés sur un éperon rocheux, le Mont Grimsfjall, qui s'élève au-dessus des glaciers recouvrant le volcan : un sismomètre, une station GPS et un clinomètre, qui mesure la pente. Ils ont également utilisé des mesures radar et des photographies pour évaluer la hauteur du panache.

"Nous avons utilisé les données GPS et de pente, mesurées avant et pendant l'éruption sur le volcan Grimsvötn, pour montrer qu'au cours de l'éruption, le changement de pression dans la chambre magmatique est corrélé avec la hauteur du panache volcanique", ont expliqué les chercheurs.

Selon eux, la chute de pression initiale a précédé d'une heure la survenue de l'éruption.

"Interprétées en temps réel, ces observations pourraient améliorer grandement la prévision de la survenue et de l'évolution des éruptions et de la hauteur des panaches", ont affirmé les chercheurs.

"Prévoir la survenue d'une éruption, aussi bien que sa durée et son volume, aurait une valeur inestimable pour la sécurité du transport aérien", ont pour leur part estimé Paul Segall (Université Stanford, Californie) et Kyle Anderson (Observatoire volcanologique d'Hawaï) dans un éditorial également publié dans Nature Geoscience.

Les cendres crachées par les volcans constituent un risque majeur pour l'aviation civile, car elles peuvent réduire à néant la visibilité, mais aussi endommager les moteurs des avions.

Après l'Eyjafjöll et le Grimsvötn, l'Hekla et le terrible Katla, considéré comme le plus dangereux de la centaine de volcans que compte l'Islande, pourraient se réveiller prochainement, selon des spécialistes.

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