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11/01/2014 08:01 EST | Actualisé 13/03/2014 05:12 EDT

Sharon: la force et la ruse au service d'Israël

Ariel Sharon, décédé samedi à 85 ans ans après huit ans de coma, restera dans l'Histoire comme un des chefs militaires et politiques les plus habiles et controversés d'Israël, un partisan des méthodes expéditives qui a dérouté amis et ennemis.

Longtemps paria de la politique israélienne pour sa responsabilité dans le massacre de Palestiniens par ses alliés phalangistes chrétiens libanais dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila à Beyrouth en 1982, il est devenu Premier ministre en 2001.

Dernier représentant de la génération fondatrice d'Israël, avec le président Shimon Peres, qui a salué samedi un dirigeant "sachant prendre des décisions difficiles et les appliquer", il laisse en héritage le retrait unilatéral de la bande de Gaza en 2005 et la barrière de séparation en Cisjordanie.

Né le 26 février 1928 en Palestine de parents biélorusses, Ariel Sharon s'engage à 17 ans dans la Haganah, la milice clandestine juive sous le mandat britannique, noyau de la future armée israélienne.

Tout au long de sa carrière militaire, il s'illustre par son audace, mais aussi par son indiscipline, qui lui valent les surnoms de "bulldozer" et d'"homme qui brûle tous les feux rouges".

Chef de l'unité 101 des commandos, puis des unités parachutistes, Sharon lance des opérations punitives, dont la plus sanglante se solde en 1953 par la mort d'une soixantaine de civils palestiniens à Qibya, en Cisjordanie.

En 1969, il brise pour plusieurs années la résistance palestinienne à Gaza par des actions de commando.

En octobre 1973, le "bulldozer" renverse le cours de la guerre en franchissant le canal de Suez pour encercler l'armée égyptienne, contre les instructions de l'état-major.

Il participe à la fondation du Likoud, le parti de la droite nationaliste, dirigé par Menahem Begin, qui accède au pouvoir en 1977.

Ministre de l'Agriculture du premier gouvernement de droite, Ariel Sharon plante les graines de la colonisation en Cisjordanie.

Il est alors considéré dans son propre camp comme un boutefeu, mais incontournable en raison de son prestige militaire. "Il est capable d'envoyer ses chars m'assiéger à la présidence du Conseil", plaisantait Begin.

Chantre de la colonisation

Ministre de la Défense, il lance la désastreuse invasion du Liban en 1982, pour tenter de liquider l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et installer une hégémonie régionale d'Israël, plaçant le gouvernement devant le fait accompli.

Malgré le départ des fedayines palestiniens de Beyrouth, il échoue à éliminer le chef de l'OLP Yasser Arafat, un regret qu'il a entretenu jusqu'aux derniers jours du dirigeant historique palestinien en 2004, ce qui a alimenté les soupçons d'assassinat, qu'Israël a toujours nié.

Après une traversée du désert puis plusieurs postes ministériels dans les années 1990, d'où il promeut inlassablement la colonisation, Sharon devient chef du Likoud en 1999.

La deuxième Intifada (2000-2005), qui éclate au lendemain de sa visite jugée provocatrice sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, le 28 septembre 2000, le porte au pouvoir suprême.

Plébiscité par un électorat tétanisé par les violences, il réprime impitoyablement le soulèvement, cultivant sa proximité avec le président américain George W. Bush en "guerre contre le terrorisme".

A partir de décembre 2001, Sharon assiège Arafat, qu'il traite de "Ben Laden" palestinien, dans son quartier général de Ramallah, dont celui-ci n'a pu sortir que pour aller mourir en France.

"L'histoire de Sharon est écrite avec le sang des Palestiniens", a affirmé samedi Jamal Houweïl, député du Fatah, le mouvement d'Arafat, et ancien membre d'un groupe armé, tandis que le Hamas le qualifiait de "criminel aux mains couvertes du sang des Palestiniens et de leurs dirigeants".

Mais au même moment, Sharon se convertit, par pragmatisme, à la réalité d'un Etat palestinien.

Contesté au Likoud, qui taxe de "trahison" son projet d'évacuation unilatérale des soldats et des 8.000 colons de Gaza, il part en novembre 2005 fonder le parti centriste Kadima.

Obnubilé par la démographie, Ariel Sharon justifie le "désengagement de Gaza" par la nécessité de "délester" Israël de près d'1,5 million de Palestiniens.

Parallèlement, il veut faire venir en Israël un million de juifs de la diaspora, guignant ostensiblement les importantes communautés française, argentine et sud-africaine.

L'homme fort de la droite se montre peu regardant sur le financement de ses campagnes électorales, qui vaut à l'un de ses deux fils, Omri, une peine de prison.

Plongé dans le coma après une attaque cérébrale le 4 janvier 2006, Sharon sombre dans l'oubli. Son nom n'apparaissait guère que pour évoquer comme repoussoir l'évacuation de Gaza, tombée en 2007 aux mains du Hamas, d'où des milliers de roquettes ont été tirées sur Israël.

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