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11/01/2014 07:47 EST | Actualisé 13/03/2014 05:12 EDT

Reprendre Fallouja, mission presque impossible pour l'armée irakienne ?

Reprendre Fallouja aux insurgés, une mission difficile pour les Américains en 2004, pourrait s'avérer presque impossible près de dix ans plus tard pour l'armée irakienne sans causer de lourdes pertes civiles.

Un assaut contre la ville, tombée aux mains d'insurgés armés il y a semaine, risquerait en outre d'attiser encore le sentiment anti-gouvernement très fort dans cette région majoritairement sunnite, et de tuer tout espoir d'un règlement politique du conflit.

Une attaque contre Fallouja constitue surtout un défi de taille pour les forces gouvernementales qui n'ont encore jamais mené une opération de cette ampleur depuis le départ des derniers soldats américains il y a deux ans.

"Les Marines américains avaient eu du mal à prendre Fallouja en 2004. L'armée irakienne n'est pas prête à un tel combat", estime Jessica Lewis, ancien officier de renseignement de l'armée américaine, désormais directrice de recherche à l'Institut de recherche sur la guerre.

"L'armée irakienne ne possède ni les armes de précision, ni les services de renseignements, ni la discipline nécessaires pour reprendre Fallouja sans causer de lourdes pertes civiles", poursuit-elle.

D'autant que la population est lourdement armée et que milices tribales et civils "possèdent probablement de nombreuses armes, et peut-être des mortiers et des missiles sol-air". Quant aux insurgés liés à Al-Qaïda, ils ont une bonne expérience des bombes.

Issam al-Faili, professeur de Sciences politiques à l'université Mustansiriyah de Bagdad, abonde dans le même sens. "Entamer des opérations militaires à Fallouja sans une coordination claire avec la population ne peut mener qu'à un désastre", estime-t-il. Il y a dans Fallouja "des combattants aguerris aux affrontements urbains".

Faiblesses de l'armée

A cela s'ajoutent les faiblesses de l'armée irakienne, dont les performances ne sont "pas particulièrement bonnes" et dont l'entraînement laisse à désirer, souligne Anthony Cordesman, du Centre d'études stratégiques et internationales. "Des forces dans cet état risquent de faire un usage excessif de la force, et les civils en seront victimes", explique-t-il.

Surtout que les habitants risquent de "défendre leurs maisons face à l'armée", estime Jessica Lewis.

En 2004, l'armée américaine elle-même avait eu énormément de mal à reprendre Fallouja, et les deux assauts menés contre la ville pour en déloger les insurgés ont donné lieu aux combats parmi les plus violents depuis la guerre du Vietnam.

Et l'expérience irakienne dans ce genre d'affrontements n'est pas des plus concluantes: en 2008, l'armée a tenté de reprendre la ville de Bassora en lançant l'opération "Charge des chevaliers", mais les militaires américains ont dû venir les seconder, une option qui n'est plus sur la table aujourd'hui.

Si l'assaut est lancé, "les milices tribales, désormais organisées en conseils militaires tribaux, organiseront l'insurrection, et tout espoir de solution politique sera enterré", met en garde Mme Lewis.

Mais si l'armée s'est déployée autour de Fallouja, le commandement ne semble pas pressé de lancer l'assaut, craignant lui aussi un bain de sang: le porte-parole du ministère de la Défense a expliqué mardi que toute attaque était pour l'heure suspendue, dans la crainte de pertes civiles.

Selon un responsable américain, l'armée irakienne restera encore un moment stationnée à l'extérieur. "Je ne parierai pas sur un entrée imminente des forces armées dans la ville", affirme-t-il.

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